Esprit Malin 11

Chapitre 11 : Colocataire


Chi Yan n'eut pas la moindre pensée obscène. Ce à quoi il songea fut un souvenir très limpide : quand il avait dix ans, il s'était fait pousser dans les escaliers par quelqu'un. Même si la vidéo de surveillance n'avait montré personne près de lui, sa grand-mère avait vu la petite empreinte de main bleue violacée sur son dos. Elle avait pris peur et commencé à l'emmener dans divers endroits pour prier Bouddha et demander conseil à plusieurs experts sur comment sauver sa vie.

Cependant depuis qu'il portait les cendres du troisième jeune maître Ye, elles étaient de toute évidence très efficaces. Il sentit la bouteille en porcelaine sur son torse. La chose à l'université de Xu Jiang avait eu apparemment très peur des cendres la dernières fois. Qui aurait osé faire ce genre de chose juste à côté des cendres de Ye Yingzhi ?

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Ce mois dernier il avait très bien dormi, très profondément, cependant il était toujours fatigué au réveil. Chi Yan ne put rester les bras croisés : cette nuit il ne dormit pas et resta volontairement conscient afin de sentir le moindre mouvement autour de lui. Toutefois il y eut juste quelques bruits ordinaires, rien de vraiment anormal.

Au bout du compte, il ne put s'empêcher de s'endormir. Il se réveilla le lendemain et regarda tout autour. Il avait sagement dormi sous les couvertures et il était normal de se retourner en dormant. Alors ce n'était pas alarmant qu'il ait un peu changé de position.


Il se trouvait que c'était le week-end. Chi Yan se passa de l'eau sur le visage et se sentit un peu plus alerte. Sans oser tarder davantage, il se mit directement en route pour le district de Xiquin.

Quand il arriva au temple taoïste, il ne trouva pas le prêtre Zhang et son petit apprenti. Il se renseigna auprès d'autres gens du temple qu'il connaissait et on lui dit qu'ils étaient tous les deux retournés dans leurs villes natales et qu'ils n'allaient pas revenir de si tôt.

Chi Yan sentit la panique l'envahir. Il avait déjà visité la plupart des temples taoïstes près de Sumin. Il avait rencontré des tas d'escrocs, bien plus que des gens avec de réelles capacités. Le prêtre Zhang était le seul qui avait vraiment des pouvoirs et pouvait l'aider à résoudre ses problèmes. De plus le prêtre Zhang était très particulier. Même s'il utilisait des moyens de communication modernes comme un portable, il avait toujours refusé de laisser son numéro. Selon lui, laisser son numéro signifiait rester en contact. Les gens comme lui ne devaient pas avoir trop de contact avec les gens de ce monde. Quand le fil du destin était rompu, il n'y avait plus rien à faire.

En cet instant, il avait vraiment rompu tout lien et Chi Yan n'avait plus personne à qui demander de l'aide.


L'homme perçut son angoisse. Il savait que c'était un visiteur régulier du temple alors il lui recommanda :

« Nous avons un nouveau prêtre ici, le prêtre Liu. Il a bonne réputation et il est honnête, ce n'est pas un charlatan. Vous pouvez le voir si vous avez des questions. »

Puisqu''il ne pouvait plus joindre le prêtre Zhang, cela ne coûtait rien de consulter le prêtre Liu. Chi Yan accepta et demanda à voir cette personne qu'on lui recommandait.

Le prêtre Liu était un homme grand et fin, d'âge moyen, qui semblait plus jeune que le prêtre Zhang. Il avait effectivement l'air de quelqu'un de droit et honnête. Voyant que Chi Yan n'était pas du genre à croire aux discours mystiques et sinueux, il lui demanda directement :

« Quel est votre problème ? »

Il se comportait comme un policier en pleine enquête.


Chi Yan réfléchit un moment puis commença par une chose :

« Ma facture d'électricité a explosé ce mois-ci. »

Puis il lui expliqua en détail ce qui n'allait pas avec la facture.

Il en était à la moitié de ses explications quand le prêtre Liu l'interrompit :

« Dites, vous devriez plutôt contacter votre fournisseur d'électricité si vous avez un problème avec la facture. Pourquoi venir me voir ? Dépêchez-vous de signaler le problème à votre fournisseur et voyez si quelqu'un ne s'est pas branché sur votre réseau électrique. »

Inquiet, Chi Yan lui parla vite des marques étranges sur son torse.

Le prêtre Liu lui lança un regard étrange.

« Mon garçon, vous êtes encore célibataire ? »

Chi Yan acquiesça.

« En effet. »


Le prêtre Liu fit :

« J'ai déjà vu des cas comme le vôtre. C'est inutile de venir ici, allez plutôt à l'hôpital pour vous faire examiner. Quoique cela ne servirait à rien non plus. C'est parce que vous êtes trop réprimé en temps normal alors vous recherchez inconsciemment le soulagement dans votre sommeil. Il vaut mieux vous trouver une partenaire au plus vite. »

Quand Chi Yan entendit ce que voulait dire le prêtre Liu, son visage devint rouge. Il fut honteux, anxieux et très gêné. Il sous-entendait ainsi que c'était Chi Yan qui s'était fait lui-même ces marques ? Comment un maître spirituel pouvait-il parler ainsi ? Était-ce comme ça qu'on bâtissait ensemble une civilisation socialiste et spirituelle ? M. le prêtre, tu vas m'obliger à me lancer dans la civilisation capitaliste et culturelle de l'Occident.


Chi Yan arrêta là les frais. Il sentit que ce prêtre Liu ne pourrait pas lui donner le moindre conseil valable. Cependant, dans le but de prouver qu'il n'était pas paranoïaque et qu'il ne faisait pas des montagnes de pas grand-chose, il révéla sans réfléchir ce qui lui avait dit de faire le prêtre Zhang :

« … La dernière fois le prêtre Zhang m'a donné une méthode qui consiste à prendre les cendres d'une personne et les porter en permanence sur moi puis de lui faire un autel funéraire chez moi. Je crains juste que cette méthode ait perdu son efficacité. Si elle fonctionne encore, je n'ai rien à craindre. »

Il voulait vérifier auprès de ce prêtre Liu si cette méthode fonctionnait encore et dans quelles circonstances elle pourrait perdre son efficacité, afin de se préparer en avance. Qui aurait pu penser que le prêtre Liu allait l'interrompre avant même qu'il ait fini de parler.


Le prêtre Liu se renfrogna et agita la main.

« Qui vous a donné une méthode aussi maléfique ? Le moins que l'on puisse dire, ça ne vous semble pas de mauvaise augure de prendre les cendres d'un étranger et de lui dresser un autel chez vous ? Si vous voulez mon avis, ramenez les cendres le plus vite possible et retirez la tablette funéraire de chez vous. »

Cela faisait six mois que Chi Yan ne s'était pas rendu à Xiqing. Il ne savait pas quand le prêtre Zhang était parti et quand le prêtre Liu était arrivé mais apparemment ce nouveau venu de Liu ne connaissait le prêtre Zhang et n'approuvait pas ses méthodes.


Il y avait déjà eu deux questions et deux réponses. Chi Yan était déjà très déçu de ce prêtre Liu et il commençait même à ressentir une pointe de colère et d'outrage. Alors il ne manqua pas de le qualifier de pas fiable dans son esprit et se dit qu'il n'arrivait pas à la cheville du prêtre Zhang. Alors bien entendu il n'allait pas l'écouter et abandonner la méthode miraculeuse du prêtre Zhang. Sans exagérer, sans les cendres du troisième jeune maître Ye, il serait mort plusieurs fois depuis.

Voyant que le prêtre Liu était vraiment ignare, il décida finalement de s'en aller, déçu.

Quand il prit congé, le prêtre Liu persista à le conseiller avec zèle et avec la meilleure foi du monde :

« Les jeune de votre âge devraient apprendre plus la science et la culture au lieu de s'engager dans des superstitions féodales. »


Chi Yan soupçonna alors que le prêtre Liu était un camarade envoyé par le bureau du district de Xiqing au temple taoïste afin de répandre l'idéologie socialiste.

Malgré tout, les paroles du prêtre Xiu l'avaient beaucoup aidé. Il ne pensait plus que sa facture d'électricité était due à un problème spirituel parce que trop de points étaient douteux pour faire clairement le lien. Peut-être qu'il ferait bien de vérifier auprès de son fournisseur d'électricité.

Quant aux marques... Au volant, Chi Yan ne peut s'empêcher de rougir. Bien qu'il ne pensait pas avoir pour hobby de se toucher le torse pendant son sommeil, peut-être l'avait-il fait inconsciemment ? Il y avait bien des gens qui marchaient pendant leur sommeil, alors qui savait ce qu'on pouvait faire d'autre en dormant ?


La plupart des gens suspectaient simplement les dieux et les démons à tout vent. Ce n'était pas difficile de comprendre pourquoi le prêtre Zhang avait la réputation d'être honnête et d'éclairer les gens plutôt que de les berner.

Les gens préféraient instinctivement croire en de bonnes possibilités et un bon avenir. Chi Yan comptait à présent sur les cendres de Ye Yingzhi comme son dernier salut. Naturellement il n'allait pas croire qu'une chose aurait pu risquer d'offenser le troisième jeune maître Ye pour laisser directement des marques sur son torse. En comparaison, des explications du genre "je me suis pincé accidentellement et inconsciemment" et "je ne sais plus ce que j'ai touché" étaient nettement plus acceptables.


* * *


Malgré cela, Chi Yan continua d'être inquiet quelques jours après son retour jusqu'à ce qu'il réalise que rien d'anormal ne se produisait. Il commença alors à se détendre. Quand il se réveillait le matin, les douleurs physiques étaient devenues insignifiantes. Il ne savait pas si c'était parce qu'il s'y était fait ou bien s'il avait été surchargé peu avant les fêtes de fin d'année et qu'il se sentait désormais bien mieux ces temps-ci avec moins de travail.

Peu après, Chi Yan fut distrait par autre chose — c'était bientôt le Nouvel An et son oncle lui avait dit de retourner à Shiming ce jour-là.


Bien que son oncle soit désormais son seul parent proche, son oncle avait également sa propre famille et Chi Yan était comme un étranger de passage. En parlant d'étranger, s'il devait vraiment passer le Nouvel An avec eux, sa tante serait gênée. En plus sa tante avait révélé son intention de lui présenter sa nièce. Cette fois, elle allait certainement mettre son plan à exécution. En songeant à ce rendez-vous arrangé, Chi Yan se sentit gêné et penaud.

Mais je dois y aller pour le Nouvel An. Après tout, mes grands-parents ont achevé leur voyage là-bas. J'ai été pratiquement élevé par eux alors je dois aller me recueillir sur leur tombe quand j'irai nettoyer la tombe de mes parents pour le Nouvel An.


Chi Yan se décida alors à partir au cinquième jour, de rester seulement une journée puis de repartir en prétextant que son bureau était ouvert le lendemain. Son oncle et sa tante ne pourraient pas le forcer à rester.

Il se rappela que sa grand-mère aimait bien s'habiller et faire des courses chaque année pour le Nouvel An, décorer la maison avec des sentences parallèles de bonne année et inviter son oncle et sa famille pour un repas de famille. Ces souvenirs ne pouvaient pas le laisser indifférents. Même s'il était tout seul à présent, Chi Yan fit en sorte de respecter cette habitude et ne lésina pas sur les sentences parallèles et les lanternes de vœux.

Sa grand-mère avait l'habitude d'afficher le symbole "Propérité" à chaque Nouvel An, et Chi Yan avait repris cette habitude. Il se leva le matin, nettoya son appartement à fond, mit en route l'aspirateur-robot et laissa le petit disque tourner et nettoyer tout seul le sol. Si sa batterie commençait à faiblir, il retournait directement à sa base pour se recharger.


Chi Yan prit un sac de sentences parallèles de nouvelle année et du scotch à double face. Il bloqua la porte pour aller accrocher ces symboles de bénédiction à l'extérieur.

Ces bénédictions traditionnelles du Nouvel An chinois pouvaient attirer la fortune et réduire la malchance. Chi Yan songea à cela tout en chantonnant, espérant ainsi tenir éloignés à la porte tous les monstres.

Quand ce fut fait, il recula d'un pas et examina son œuvre. Il trouva que c'était assez droit et plat alors il referma la porte d'un air satisfait.

Quand il referma la porte dans l'appartement, un souffle de vent corna un coin de la sentence parallèle de bénédiction que Chi Yan venait de scotcher, mais il fallait vraiment s'approcher pour le voir.

Si une famille était encore en période de deuil, il était d'usage de ne pas accrocher de sentences parallèles de Nouvel An ou des lanternes. Non seulement il y avait une personne de plus dans leur famille mais la période de deuil pour cette personne n'était pas encore finie.






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