Prisonnier du Temps 6

Chapitre Six : L'héritier



« Oui, oui, j'ai vingt-huit ans, je suis très vieux, » répliqua Béphélius.

Selon l'espérance de vie d'un Elfe en moyenne, qui était de deux cent cinquante ans, il était encore jeune mais il fit exprès de répondre ainsi.

Tout ceux qui connaissaient bien Archille savaient qu'il n'aimait pas entendre le mot "vieux".

Archille fronça les sourcils, ignora sa provocation et poursuivit :

« Tu n'as plus l'âge de batifoler avec des esclaves elfiques. J'ai commencé à réfléchir à ton mariage. Des idées ?

– Aucune idée, je vous laisse décider, » répondit platement Béphélius après une légère pause.

Il n'y avait personne qu'il appréciait en particulier, et il n'avait jamais eu l'intention de s'opposer à un mariage arrangé comme on pouvait voir dans les films ou séries Hum, c'est un monde moyenâgeux... D'où viennent ces références ?. (1). Pour lui, se marier revenait au même que de prendre la tête de la famille Walter : c'était naturel pour lui de le faire. Même s'il n'était pas d'accord, il n'y avait rien qu'il pouvait faire contre.

Il ne désirait rien en particulier et ne se souciait guère de ce genre de choses. Si Archille était volontaire pour arranger cette affaire, alors il était bien content de le laisser faire.


Archille prit le livre qui contenait les informations préparées à l'avance et le tendit à son petit-fils. Béphélius le parcourut, sautant directement les Elfes qui n'avaient qu'une apparence à peine plus que moyenne, et tomba finalement sur un homme assez beau. Comme il avait la flemme de tourner une autre page, il montra la page à son grand-père.

« Celui-ci, ça ira. »

Il ne regarda même pas le nom de l'autre personne. Il n'avait vu que la main de l'homme sur la photo. Elle était fine et puissante, un peu comme celle de Vanain, alors il se dit qu'il ne détesterait pas trop cette personne.

L'apparence des Elfes et leur force étaient liées. Pour faire court, plus on était puissant, plus son apparence et son tempérament étaient remarquables. Par conséquent, Archille fut très satisfait du candidat choisi par son petit-fils. Il s'agissait du petit-fils de la famille Turner. Il faisait actuellement partie de l'armée et c'était un officier prometteur. De plus, tout membre de la famille Turner était digne du futur roi des Elfes.


Pour être honnête, les hommes de ce livre arrivaient à peine à la cheville de Béphélius.

Néanmoins, Archille avait rabaissé le niveau d'exigences et avait doublé le nombre de candidats, juste pour s'assurer que son petit-fils choisisse un partenaire satisfaisant — du moins parmi les Elfes de son livre. La rumeur qui disait que Béphélius était amoureux de son Elfe Noir l'avait un peu perturbé.

Si son petit-fils avait été du genre extravagant et débridé, peut-être qu'il aurait été plus tranquille. Mais les réactions de Béphélius étaient toujours ternes quelle que soit la situation, et il n'avait jamais montré ce qu'il aimait et ce qu'il n'aimait pas. Alors, même s'il n'avait jamais montré d'affection particulière pour cet Elfe Noir, le simple fait que ce dernier soit son seul "animal de compagnie" suffisait à inquiéter Archille.

Sans aucun doute, Béphélius était un bon héritier, alors il pouvait accepter l'indulgence ou le manque de respect de son petit-fils, mais il ne pouvait pas tolérer qu'il passe tout son temps avec un Elfe Noir.

Heureusement, la réaction de Béphélius aujourd'hui le tranquillisa un peu.


* * *


En quittant le palais d'Archille, Béphélius monta dans son carrosse pour rentrer. Il s'adossa contre la paroi du carrosse blanc, ferma les yeux et pressa une main sur son front. Bien qu'il n'ait montré que du calme devant son grand-père, en fait cette visite l'avait agacé encore plus.

Alors la première chose qu'il fit en rentrant, ce fut de retirer d'un coup sec la longue et large cape blanche de cour, finement cousue, et de la jeter sur le canapé. Puis il leva les yeux vers l'Elfe Noir qui voulait l'aider à se déshabiller. Il exigea d'un ton arrogant et déraisonnable :

« Embrasse-moi. »

Vanain se figea, haussa les sourcils en signe de surprise, et regarda le jeune Elfe de Lumière devant lui.

Béphélius n'aimait pas les baisers. Même quand ils étaient au lit, il refusait souvent que Vanain l'embrasse. Alors il avait dû se passer quelque chose aujourd'hui.


Béphélius commençait déjà à perdre patience. Il se renfrogna et se plaça devant l'Elfe Noir, le saisit par les épaules et leva la tête pour l'embrasser...

En fait, si Béphélius ne voulait pas des baisers de Vanain, ce n'était pas parce qu'il insistait pour garder une certaine pureté mais simplement parce qu'il n'aimait pas la sensation d'avoir du mal à respirer. À la base, il avait fait plusieurs essais avec Vanain au début de leur relation intime, et l'Elfe Noir l'avait toujours embrassé jusqu'à ce qu'il soit au bord de la suffocation.

Comme il n’avait jamais essayé ce niveau d’intimité avec d’autres, il ne savait pas si cela se passait toujours comme ça quand on s’embrassait. Néanmoins, Vanain le mettait mal à l’aise à cause de son attitude bien trop prédatrice quand ils s’embrassaient, alors Béphélius ne voulait plus que l’autre l’embrasse de nouveau.

Sauf que cette fois, il ressentait le besoin pressant d’être avec lui et voulait expérimenter à nouveau ce sentiment.


Vanain ne lui laissa pas l’opportunité de reculer. Il serra l’Elfe de Lumière contre lui avec précaution puis, voyant que Béphélius n’opposait aucune résistance, il le souleva dans ses bras pour l’emmener dans la chambre, le déposer sur le lit et continuer leur baiser.

Béphélius n’avait jamais approuvé le sexe dans la journée. Pour lui, la journée était assez courte alors elle devait être employée à des tâches sérieuses. De ce fait, son indulgence et sa coopération actuelles rendirent Vanain encore plus inquiet.

Il enroula un bras autour de la taille de l’Elfe de Lumière et caressa de son autre main les boucles d’or pâle, telles la lune. Il l’embrassa longuement avant de se redresser. Il déposa encore quelques légers baisers au coin de la bouche de son maître puis se redressa sur un coude et baissa les yeux sur l’autre personne qui avait les yeux fermés et la respiration difficile.

« Votre Altesse Royale, vous n’êtes pas heureux aujourd’hui ? Quelqu’un du Conseil vous a contrarié ? »

Il demanda cela d’un ton doux, comme un esclave elfique qui était attentionné et voulait plaire à son maître.


La plupart des Elfes le traitaient de la sorte — de toute évidence, il n’était qu’un humble esclave elfique, mais avec ses couleurs peu ordinaires et sa capacité à satisfaire son maître, il était le favori de Béphélius depuis dix ans. Il avait servi le prince Béphélius tout ce temps, monopolisant ses faveurs. Il avait désormais un statut comparable à celui d’un majordome dans le palais de Béphélius, ou plus précisément et plus exagérément, il avait quasiment le statut d’amant de Béphélius.

Les Elfes de la garde de Béphélius, qui étaient bien nés, n’osaient pas lui manquer de respect, et encore moins les autres servant du palais — ils craignaient son autorité due aux faveurs de Béphélius tout comme le fait qu’il puisse être maudit comme dans les légendes Explication dans le chapitre sept. (2). Avec sa peau noire et ses cheveux blanc argenté, il effrayait aussi les gens avec son air impassible, neutre et peu amical.


L’Elfe Noir portait des vêtements exquis et décents, vivait dans le palais de Béphélius, partageait les repas et la vie du prince comme n’importe quel autre prince noble et intouchable. Mais dans leurs cœurs, les Elfes de Lumière le prenaient de haut parce qu’à leurs yeux, tous les biens de Vanain lui avaient été accordés par Béphélius en échange de ses services au lit. Le jour où il ne jouirait plus des faveurs de Béphélius, tout ce qu’il possédait aujourd’hui disparaîtrait d’un coup et il ne serait plus qu’un esclave elfique, au plus bas de la société.

Mais Béphélius ignorait tout cela, ou bien il ne s’en souciait pas.


En entendant la question de Vanain, Béphélius ouvrit ses yeux d’or pâle lui lança un regard nonchalant.

« Jamais le Conseil ne risquera de me rendre heureux. »

Vanain l’interrogeait rarement sur les affaires politiques. Il ne faisait que le servir pour son bien-être, mais comme son humeur faisait partie de son bien-être, ce n’était donc pas surprenant qu’il pose la question.

Pendant ses réflexions, Béphélius vit soudain du coin de l’œil sa chemise blanche brodée qui avait été froissée et un peu déchirée, et il se renfrogna inconsciemment.

Les yeux rouge rubis de Vanain s’assombrirent. Il connaissait bien Béphélius et savait qu’il y avait autre chose, pas seulement le Conseil. Cependant, il ne dit rien et attendit simplement que Béphélius parle. Ce dernier ne dit rien. Alors Vanain l’aida à se changer et le porta dans ses bras hors de la chambre.

Béphélius était vraiment paresseux. Il ne voulait même pas marcher quand il n'y avait pas de visiteurs, juste rester dans les bras de son Elfe Noir.


* * *


Après le déjeuner, Béphélius fit sa sieste, comme d’habitude. Vanain le porta jusqu’au lit, s’allongea à ses côtés pour le tenir dans ses bras et l’embrassa tendrement un bon moment, comme d’ordinaire, jusqu’à ce qu’il vit l’Elfe de Lumière s’endormir dans ses bras. Alors il se leva et contempla son maître qui dormait à poings fermés, enveloppé dans sa couverture.

Les cils dorés de Béphélius s’agitaient légèrement dans son sommeil. Ses lèvres roses étaient entrouvertes et on pouvait deviner la langue douce à l’intérieur. Peut-être à cause de leur baiser, ou à cause de la température de la chambre, il y avait deux taches rouges sur ses joues, ce qui ajoutait une touche d’enfance à son apparence.

Les yeux de Vanain s'assombrirent. Il saisit les deux mains de Béphélius et se pencha pour l'embrasser. Ignorant le léger son de protestation que son maître émit instinctivement dans son sommeil, il explora sa bouche à loisir.


Béphélius gémit doucement puis murmura comme s'il rêvait :

« Van, reste tranquille... oh... »

Vanain s'arrêta soudain, haletant, et dévisagea l'Elfe de Lumière comme s'il s'agissait d'une proie exquise et délicieuse. Après un moment, il se redressa, s'allongea lentement à côté de Béphélius et le tint dans ses bras jusqu'à ce que leurs respirations se calment.

Béphélius s'agita encore un peu, puis finit par s'endormir rapidement.

Vanain le libéra de son étreinte, posa la couverture sur lui puis descendit du lit et quitta la pièce pour gagner une petite étude reliée à la chambre.

Il traça quelques lignes dans l'air et une brume rouge se dégagea de ses doigts. Des images se mirent à apparaître dans l'air.

Depuis que le prince avait quitté le palais au matin pour aller au Conseil, tout l'itinéraire de Béphélius, ce qu'il avait vu et fait, tout cela apparut clairement à Vanain.



Notes du chapitre :
(1) Hum, c'est un monde moyenâgeux... D'où viennent ces références ?
(2) Explication dans le chapitre sept.






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