Prisonnier du Temps 5



Arc Un : L'Arbre de la Vie et du Temps




Chapitre Cinq : Le Monde des Elfes



Un immense arbre doré était caché sous un dôme de branches luxuriantes qui s'étiraient vers le ciel. Les branches étaient couvertes de feuilles dorées comme le jaspe dont les bords étincelaient tel du cristal. Tandis que les feuilles bruissaient, ces gouttelettes de lumière tombaient régulièrement au sol, dans un éclair étincelant.

Au pied de l'arbre, il y avait un immense tourbillon de points dorés et argentés. Le tourbillon était en mouvement constant, ce qui donnait à celui qui contemplait la scène l'impression de se faire aspirer à l'intérieur et de sombrer dans le tourbillon... Quelqu'un parlait à ses côtés et une main le tira en arrière.

L'homme et cette main lui parurent familiers, mais il ne pouvait plus se rappeler de qui il s'agissait...


* * *


Béphélius ouvrit les yeux, irrité d'avoir à se réveiller, regarda la lumière légère du matin par la fenêtre, puis referma les yeux avec mécontentement — encore un autre jour fade et ennuyeux. En plus, c'était le premier jour de la semaine, ce qui voulait dire que le Conseil se réunirait, ce qui l'ennuyait au plus haut point.

Il se souvint vaguement qu'il avait fait un rêve étrange, sans pouvoir s'en rappeler le contenu. Cela ne fit qu'augmenter son mécontentement.

Les yeux fermés, il se tourna sur le côté et sentit que la place à côté de lui était froide et vide. Il en fut encore plus contrarié. Il se souvenait clairement qu'il s'était endormi dans les bras de l'Elfe Noir la veille. Qui avait permis à cet homme de s'en aller avant son réveil ?


Il ouvrit les yeux, passablement énervé, et regarda de l'autre côté du lit. Bien évidemment, il vit le bel Elfe Noir se tenir debout à son chevet, portant ses vêtements du jour. Quand il vit Béphélius ouvrir les yeux, l'Elfe Noir fit doucement :

« Vous devez vous lever. »

L'Elfe Noir se tenait bien droit, le visage calme et sans expression. Béphélius ne l'avait jamais trouvé respectueux, sans néanmoins pouvoir le prendre en défaut. L'irritation dans son cœur s'accrût. Que faire pour la soulager ?

Alors Béphélius referma les yeux et ordonna d'un ton froid :

« Sers-moi. »

Le service dont il parlait ne concernait pas seulement le fait de le lever et de l'habiller. L'Elfe Noir comprit clairement le genre de service attendu et il fronça les sourcils, ce qu'il ne faisait que rarement :

« Votre Altesse, le temps... »

Il fut coupé au beau milieu de sa phrase : Béphélius fit avec colère :

« Il y a encore le temps. »

L'Elfe Noir ne protesta plus. Il posa les vêtements qu'il tenait, s'assit au bord du lit et se pencha lentement pour embrasser les épaules nues du noble Elfe de Lumière qu'il servait...


Vanain était la propriété exclusive de Béphélius, et aussi son unique esclave.

Il avait été offert à Béphélius par son cousin, le vicomte Horek, lors de son dix-huitième anniversaire.

Dans ce monde remplis d'Elfes et d'autres créatures extraordinaires, les Elfes étaient les maîtres du monde. Plus précisément, les Elfes de Lumière, qui étaient d'une beauté à couper le souffle, régnaient en maîtres sur le monde.

La société était dirigée par les aînés des Elfes de Lumières et l'élite des citoyens elfiques. Ils décidaient de tous les aspects de la vie sociale, politique, économique et culturelle.

Les Elfes Noirs, eux, bien qu'Elfes, étaient considérés comme une race maudite. Ils n'avaient qu'un statut très bas dans la société des Elfes. Ils étaient soit exilés dans les contrées les plus stériles et désolées, ou bien ils occupaient les emplois les plus humbles et bas dans la société. Ou alors ils devenaient les esclaves d'un Elfe de Lumière et devaient satisfaire tous ses besoins, sans aucune liberté ni dignité, ni même l'assurance de rester en vie et en sécurité.


Vanain avait été capturé dans un lieu d'exil. Les trafiquants d'Elfes Noirs réalisèrent immédiatement sa valeur étant donné son tempérament rare et sa grande beauté, et ils l'escortèrent jusqu'à Guangdu La ville de lumière. (1), la capitale, dans l'espoir de le vendre à prix d'or à un noble Elfe.

Ce fut le vicomte Horek qui fit son acquisition, désireux de posséder cet Elfe Noir pas comme les autres. D'un autre côté, il cherchait aussi à faire plaisir à son cousin, Son Altesse Royale Béphélius, qui serait certainement le prochain héritier du trône elfique. Comme tout le monde le savait, son cousin sortait du lot par son apparence et sa noble naissance, cependant il était arrogant et il était difficile de l'approcher. Quand un noble elfique approchait de l'âge adulte, il était de coutume qu'il possède un ou deux Elfes Noirs pour s'amuser avec. Cependant, non seulement Béphélius n'avait aucun esclave elfique, mais il n'avait pas non plus d'Elfe de Lumière comme amant dans son entourage.

Horek espérait donc que cet Elfe Noir hors du commun impressionnerait son cousin, qui était aussi hors du commun, et qu'ainsi Béphélius le soutiendrait lors de la prochaine élection du Conseil.


Son plan eut le succès escompté. Une fois qu'il vit Vanain, Béphélius fit une exception et accepta l'Elfe Noir à ses côtés. Horek gagna également le soutien de Béphélius, comme il le souhaitait.

Après ça, la rumeur courut à Guangdu que le prince dissimulait dans son palais un Elfe Noir qu'il aimait beaucoup, et il le chérissait tellement que personne d'autre ne pouvait le toucher. Au départ, ce ne fut qu'une simple rumeur, puis cela devint un fait avéré. Quant à Béphélius, il ne confirma ni n'infirma cette histoire.

Mais ce qu'ignoraient les autres Elfes — et ce qu'ils n'auraient jamais soupçonné — c'était que Béphélius était paresseux de nature. Plus précisément, il était extrêmement fainéant, mais aussi très difficile et délicat. Au quotidien, il s'en remettait aux autres pour qu'on le serve.

Il en était de même pour les jeux de l'amour. Il aimait se faire servir confortablement, mais refusait de participer activement de quelque façon que ce soit. Voilà pourquoi il avait toujours été le receveur de son Elfe Noir qui le servait soigneusement, et il laissait à l'autre toute l'initiative et tout le contrôle. Naturellement, il ne se souciait guère des sentiments de l'Elfe Noir ; tout ce qui comptait, c'était que lui-même soit pleinement satisfait.


Il en fut ainsi cette fois encore. Après avoir joui, Béphélius poussa légèrement l'Elfe Noir et ouvrit les yeux pour contempler l'autre personne.

« Ça va, ça va. C'est presque l'heure. Emmène-moi aux bains et prépare-moi pour aller au Conseil. »

Ses yeux d'un or pâle étaient encore légèrement humides, mais ses paroles étaient des ordres qu'on ne pouvait contester.

Vanain fut comme hypnotisé par ces yeux, il déglutit, leva la tête et ferma ses yeux rouge rubis. Deux secondes plus tard, il avait retrouvé son calme.

Il se détacha du corps chaud de l'Elfe de Lumière, descendit du lit et se pencha pour prendre Béphélius dans ses bras et l'emmener dans la salle de bain pour le laver.

Dans un geste naturel, Béphélius se nicha dans les bras de l'Elfe Noir, posant sa tête sur son épaule, et ses fins cheveux dorés chatouillèrent le cou de l'Elfe Noir. Il ferma les yeux, de nouveau las — rien que de penser à ce Conseil ennuyeux à mourir, il n'avait pas du tout envie de rouvrir les yeux.


Il resta donc les yeux clos durant le bain et se contenta d'apprécier les soins de Vanain. L'Elfe Noir connaissait parfaitement ses goûts et préférences, et il pouvait le servir confortablement sans que l'Elfe de Lumière n'ait à lui dire quoi que ce soit. Béphélius s'adossa contre le torse large et chaud de l'Elfe Noir, les yeux clos, et sentit la main de l'autre masser doucement son corps avec de l'eau chaude. Tel un chat, il poussa un petit gémissement d'aise.

Vanain baissa les yeux vers l'Elfe de Lumière dans ses bras. Son visage était calme, mais ses yeux s'étaient assombris.


* * *


Comme l'avait redouté Béphélius, le Conseil fut aussi ennuyant que d'habitude, voire même plus encore. Les différents camps se chamaillaient et ils voulaient tous que Béphélius les soutienne, alors ils ne cessaient de le prendre à parti ou de solliciter ses conseils.

Le cœur de ce débat entre les deux partis du Conseil était qu'un nouveau groupes d'Elfes Noirs s'opposait au régime en place dans le Désert du Sud. Chaque parti espérait que ce serait ses propres troupes qui mettraient fin à cette rébellion parce que, selon leur opinion, c'était vraiment un très bon travail.

En général, les Elfes Noirs qui ne pouvaient supporter l'oppression et organisaient une résistance ne pouvaient pas rivaliser avec l'armée des Elfes de lumière et leur armée de bêtes spirituelles. Tous les Elfes était de magnifiques créatures. Leur apparence était pour ainsi dire proportionnelle à leurs aptitudes. Les Elfes Noirs qui participaient à la résistance étaient généralement les individus les plus puissants de leurs tribus, alors non seulement l'armée elfique chargée de les réprimer en tirait facilement du mérite, mais en plus elle pouvait capturer un bon nombre d'Elfes Noirs qui feraient des esclaves d'excellente qualité.


Cependant, Béphélius avait nullement l'intention de prendre part à leur querelle. D'après lui, que ce soit l'un ou l'autre, cela reviendrait au même. Quel que soit le vainqueur, on lui offrirait ensuite un tribut généreux. Son esprit se mit à vagabonder sans qu'il ne s'en rende compte. Perdant le fil du débat, il se souvint de son propre Elfe Noir et de leurs ébats vigoureux du matin — il avait hâte que la réunion se termine pour qu'il puisse rentrer le plus vite possible...

Ce n'était pas qu'il était stupide au point de se laisser tenter par le plaisir et de dédaigner les affaires politiques mais à ce moment, il avait très envie de rejoindre Vanain.

Son souhait ne fut pas exaucé. À la fin de la réunion, son secrétaire s'approcha et fit à voix basse :

« Votre Altesse Royale, Sa Majesté Archille requiert votre présence après la réunion. »

Béphélius sentit sa migraine redoubler.


Archille était son grand-père. D'ordinaire, cela n'avait jamais présagé rien de bon quand il le faisait mander, néanmoins il ne pouvait refuser. Il ne pouvait aller à l'encontre de ce vieil homme têtu qui ne régnait plus depuis cinquante ans mais qui jouissait toujours d'un grand pouvoir.

La dynastie des Walter remontait à plusieurs milliers d'années. En tant que patriarche de la famille royale des Walter et ancien roi, il avait plus de deux cents ans et avait une influence significative parmi les Elfes de Lumière.

« Béphie, tu n'es plus tout jeune à présent. »

Archille se renfrogna en dévisageant son petit-fils avec mécontentement.

Archille avait toujours l'air mécontent avec Béphélius bien qu'en réalité, il était plutôt fier de son petit-fils. Béphélius avait eu un grand-frère, sauf que ce dernier n'avait pas été une référence. À la fin, il s'était noyé dans les plaisirs et était mort d'une consommation excessive de drogues. Ce fut à cette époque que naquit Béphélius. Ayant retenu la leçon du passé, Archille se montra très strict avec lui et l'observait toujours d'un œil critique.


Toutefois, il savait bien que Béphélius était exceptionnel parmi ses pairs. La façon dont il avait repris les affaires du royaume était remarquable. Il savait gérer les choses avec le bon équilibre entre progresser et reculer. Il n'était ni conservateur ni innovateur. À son âge, c'était très rare.

Archille l'avait donc éduqué en tant que futur roi des elfes, et bien des nobles elfiques s'en étaient déjà rendus compte.



La parole à l'auteur :

Le premier arc commence ~

Il se déroule dans un monde elfique. Shi Jian, le bel esclave elfique exotique, qui ne peut pas rester à sa place de servant X Xiao Yan, le prince elfique qui est un salaud au départ mais qui sera proprement éduqué.

J'ai changé les noms pour donner un touche de fantastique occidental, et je me servirai de ces deux noms pour tous les mondes similaires.


Note de Karura : C'est toujours un peu compliqué de transcrire les noms étrangers en chinois.

Béphélius : Befeilei

Vanain (prononcez Vana-inn) : Vanayin

Archille : Archie (mais ça ne faisait pas sérieux pour un vieil homme !)

Je garderai en chinois le nom des villes parce que ça ne sonne pas très bien en français. Exemple : Guangdu, la ville de lumière.

L'auteur fait tout le temps la distinction entre Elfes de Lumière et Elfes Noirs, même dans les adjectifs, mais ça fait un peu lourd en français. Exemple : l'esclave elfe noir, le prince elfe de lumière, … J'utiliserai donc simplement l'adjectif 'elfique' quand on comprend facilement de quelle race il s'agit.


Notes du chapitre :
(1) La ville de lumière.






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