Ancient Gods Sanctuary 11

Chapitre Onze : Retour à la maison


Avec ébahissement les quatre jeunes gens découvrirent Olympias, la légendaire demeure des dieux. Les allées étaient pavées et rectilignes, de chaque côté d'immenses demeures s'élevaient entourées de vastes jardins où l'herbe était verte et coupée à la bonne taille. Des arbres majestueux ombraient les lieux. Le ciel était clair et le soleil brillait abondamment. Le printemps régnait en ces lieux pourtant on n'entendait aucun chant d'oiseau. Pour autant l'atmosphère n'était pas silencieuse. Un paisible murmure s'élevait dans l'air, un son qui ne ressemblait à rien de connu.

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« C'est la barrière de Zeus, expliqua Shao Paï quand Ménestan se risqua à lui poser la question.

– Quelle est son utilité, maîtresse ?

– Elle sert à repousser les mortels, les animaux et il y a encore quelques temps à repousser les dieux antiques.

- Mais maintenant vous vivez tous ensemble ? » s'étonna Vanien.

Shao Paï soupira.

« Je ne devrais pas avoir à vous expliquer des événements auxquels vous avez assisté, se plaignit-elle. On n'aura jamais fini si je dois vous raconter tout ce qui s'est passé en dix-sept mille ans. En attendant que vos souvenirs reviennent, on va plutôt se concentrer sur l'essentiel : retrouver vos pouvoirs. »


Une voix tonnante se fit soudain entendre :

« Shao Paï, tu oses enfin te montrer à nouveau ! »

Les quatre chevaliers regardèrent autour d'eux, perdus, tandis qu'un sourire sarcastique se dessina sur les lèvres de la déesse.

« Cet endroit appartient aussi aux dieux antiques depuis la bataille d'Olympias, que je sache, » répliqua-t'elle.

La déesse Artémis apparut alors, suivie de son chevalier Hélios. Elle toisa Shao Paï avec méfiance.

« Athéna n'est pas avec toi, cette fois ? s'enquit la déesse antique. Comme c'est dommage, je l'aurais volontiers combattue. J'ai besoin de me défouler. »

Artémis se crispa.

« Ma sœur est repartie s'entraîner, l'informa-t'elle. Quand elle reviendra, elle sera assez forte pour te vaincre ! »

Shao Paï eut un léger rire.

« Allons, ma fille, même toi tu n'y crois pas ! Mais bon, ta sœur finira bien par se lasser un jour. »

Artémis déglutit mais ne la contredit pas. Son regard se posa alors sur les autre chevaliers qui masquaient à peine leur étonnement.

« Je vois que tu as retrouvé tes chevaliers, fit-elle. J'en déduis aussi que tu as croisé Myst Nail. Tu n'aurais pas quelque chose pour moi, par hasard ? »


Le sourire plein d'assurance de Shao Paï s'effaça pour laisser place à une mine renfrognée. Elle fit un signe de tête à Alinda.

« Donne-lui son bouclier, » ordonna-t'elle sèchement.

La jeune femme aux longs cheveux violets écarquilla les yeux puis, tremblante, s'avança vers la déesse de la Chasse. Cela ne l'aidait pas d'entendre un silence tendu seulement entrecoupé du bruit de ses pas. Elle était prise entre le feux des regards de deux déesses qui ne s'aimaient pas beaucoup et aucun mortel n'aurait envié cette position. Quand elle fut proche de la déesse grecque, elle lui présenta le bouclier sans oser la regarder dans les yeux dans une attitude déférente. Elle se serait même agenouillée mais elle craignait d'être incapable de se relever ensuite. Artémis ne lui prêta aucune attention, ses yeux bleus fixés sur Shao Paï. Finalement elle fit un signe à son chevalier qui récupéra le bouclier avec révérence. Alinda recula puis regagna le groupe de ses compagnons avec un soulagement évident. Le silence dura quelques moments de plus, les deux déesses ne se quittant pas des yeux. Finalement ce fut Artémis qui céda :

« Bien, fit-elle, cela est réglé. J'espère ne plus avoir l'occasion de te revoir avant très longtemps ! »

Elle se retira avec dignité.


Shao Paï resta un moment immobile puis se tourna vers ses chevaliers.

« Allons-y, leur fit-elle, ma demeure n'est plus très loin. »

Tandis qu'elle marchait en tête, les chevaliers discutaient avec animation derrière.

« C'était vraiment la divine Artémis ? s'écria Éland. Les femmes de mon village la révèrent ! Elle est aussi belle que ses statues !

- Elle correspond en effet aux descriptions faites dans les temples et les livres, confirma Ménestan.

- Et dire qu'il a fallu que je m'approche d'elle ! gémit Alinda. J'étais morte de trouille !

- Tu t'en es bien sortie, assura Éland.

- Cela aurait été mieux si on n'avait pas vu tes genoux trembler ! railla Vanien.

- Je suis sûre que tu n'aurais pas fait mieux à ma place ! répliqua la chevalière.

- Maîtresse, fit soudain Éland, vous avez encore des adorateurs ? »

Shao Paï se tourna vers eux, les sourcils froncés.

« Qu'est-ce que c'est que cette question ? fit-elle.

- C'est que... vous êtes une déesse alors vous avez forcément des temples et des fidèles comme la divine Artémis, pas vrai ? »

Shao Paï secoua la tête d'un air désespéré.

« Quelle importance pour vous si j'ai des fidèles ? »

Éland prit un air penaud.

« C'est juste pour savoir... »


Shao Paï reprit sa marche mais répondit au bout d'un instant.

« Je n'ai plus de fidèles depuis longtemps. Le culte des dieux antiques a été peu à peu supplanté par les dieux grecs.

- Oh, alors vous êtes ennemis ?

- Nous l'avons été autrefois mais... les miens ne se sont jamais vraiment battus pour l'adoration des mortels. Comme je vous l'ai dit dans mon récit, cela ne les intéressait pas et cela ne les intéresse toujours pas maintenant.

- Et la bataille d'Olympias ? s'enquit Vanien. Vous en avez parlé tout à l'heure.

- C'était plus une question de fierté. Les dieux grecs venaient de créer Olympias et pour les embêter, on a voulu s'inviter chez eux. »

Les chevaliers en restèrent coïs. Cela semblait bien puéril comme raison pour faire la guerre.


« Il y avait des tensions non résolues entre les deux camps, poursuivit Shao Paï. Cette guerre a été un exutoire pour nous tous. La raison n'était pas très importante.

- Et vous l'avez emporté, fit Éland.

- Vous étiez là vous aussi, remarqua Shao Paï. Vous avez combattu les chevaliers grecs et nous en sommes sortis victorieux.

- Alors maintenant vous vivez tous en harmonie ? »

La déesse aux cheveux blonds soupira.

« Je ne dirais pas ça. Les choses allaient bien à un moment donné et puis... »

Comme elle ne poursuivait pas, Éland fit :

« Et puis ? »

Elle se reprit soudain.

« Ce n'est pas le moment d'en parler. Nous voici arrivés. »


Ils levèrent la tête et virent une imposante construction. La façade ne se distinguait en rien des autres demeures.

« Hum, c'est... c'est immense, fit Éland qui cherchait un compliment à faire. Alors c'est ici que vous vivez ?

- Non, répliqua la déesse. Mais c'est ici que nous allons rester le temps que Myst Nail arrive. D'ici là, vous avez plutôt intérêt à retrouver vos pouvoirs sinon vous allez vous faire tuer dès le début de la bataille.

- Pourquoi ne pas nous aider davantage dans ce cas ? lança Alinda d'un ton mordant. Puis gagner semble si important à vos yeux, vous feriez mieux de mettre toutes les chances de votre côté ! »

Alors que les autres chevaliers étaient pétrifiés par une telle impudence, Shao Paï se contenta de sourire comme si elle y était habituée et qu'elle le tolérait.

« Les histoires de chevaliers ne me concernent guère, répondit-elle. Ne surestimez pas votre importance : le vrai combat sera entre Myst Nail et moi. Ce que font les chevaliers ne compte pas pour moi. »

Alinda fronça les sourcils.

« Dans ce cas, pourquoi nous faire combattre ?

- C'est l'usage, fit la déesse en haussant les épaules. Ce n'est pas moi qui ai décidé des règles. »


Ils entrèrent dans la demeure et arrivèrent dans un vaste hall sombre.

« Éland, fit la déesse, occupe-toi de la lumière. »

Perdu, le chevalier remarqua des porte-torches sur les murs près d'eux. Il se mordit la langue. Quand il avait voulu réutiliser son pouvoir devant ses compagnons, cela n'avait pas fonctionné. Mais cette fois, sa maîtresse le lui avait ordonné et il se doutait qu'un terrible châtiment l'attendait s'il ne réussissait pas. La mort dans l'âme, il ferma les yeux et tendit la main. Rien ne vint. Son cœur cessa de battre.

« Éland, reprit la voix sèche de Shao Paï. Maintenant ! »

Il sursauta et comme par enchantement, des flammes surgirent de sa main et se dirigèrent vers les torches qui s'enflammèrent rapidement. En chaîne, les lumières s'allumèrent de plus en plus loin, éclairant l'immense pièce.


Le sol était couvert de marbre blanc zébré de gris et de mauve, les colonnes de pierre pâle soutenaient un haut plafond et des escaliers partaient de chaque côté. De riches tentures de velours mauve cachaient les couloirs attenants. Le décor était somptueux mais pas de mauvais goût. L'ensemble avait une certaine sobriété comme si l'occupante de ces lieux ne se souciait pas particulièrement de son confort.

Shao Paï ne fit même pas attention à ce qui l'entourait. Elle se dirigea vers un escalier et se tourna vers eux.

« Faites comme chez vous, leur fit-elle. Que personne ne me dérange avant ce soir ! »

Sans leur laisser le temps de poser des questions, elle monta les escaliers et l'écho de ses pas s'éteignit en même temps que sa silhouette disparut dans l'obscurité ambiante.

~*~

Les dieux pouvaient déformer l'espace à loisir — s'ils s'en donnait la peine — aussi ne fallait-il jamais se fier à la taille de leur demeure vue de l'extérieur car aussi grande qu'elle paraissait elle contenait en réalité mille fois plus de pièces. La demeure de Shao Paï ne faisait pas exception à la règle et la déesse était précisément en train de se diriger vers les profondeurs de son domaine, vers une pièce bien précise dont elle avait dû changer la position et restreindre l'accès suite à un certain incident. Autrefois une pièce d'usage quotidien, nul ne pouvait à présent s'y rendre sans son autorisation. Elle traversa de nombreux couloirs sombres. Elle aurait pu les illuminer d'une seule pensée mais les ténèbres s'accordaient bien à son humeur actuelle. D'un air grave, elle arriva à destination : c'était un salon pour recevoir les invités mais son usage s'était perdu depuis un moment. De taille moyenne, la pièce était éclairée par quelques bougies. Les meubles n'avaient pas pris la poussière — encore un avantage d'être un dieu — mais ils étaient tristement négligés et ternes. Des fauteuils se trouvaient au centre de la pièce ainsi qu'une colonne de pierre qui n'était pas là à l'origine. Dans l'un des fauteuils était assis un homme roux aux yeux noirs. Il ne se tourna pas vers la déesse quand elle entra. Son visage était figé dans un masque d'inquiétude passive. Il aurait pu tout aussi bien être une statue, immobile et respirant à peine. Mais il était bien vivant et il attendait depuis des décennies.


Shao Paï l'observa un moment avant de se décider à parler :

« J'ai un problème, Rhyll. »

L'interpellé ne répondit pas tout de suite. Il battit des cils comme s'il émergeait d'une longue transe, avant de tourner la tête vers la déesse.

« Qu'y a-t'il, maîtresse Shao Paï ? »

Avec un soupir, la déesse lâcha :

« J'ai appelé mes chevaliers mais... ils semblent souffrir d'amnésie. Ils ne savent plus qui ils sont ! »

Les sourcils de l'homme se froncèrent légèrement.

« Parfois le réveil peut être incomplet, fit-il. Mais aussitôt que nous utilisons nos pouvoirs, tout nous revient.

- Éland a déjà fait appel au feu deux fois ! Pourtant il ne se souvient toujours pas. Je suis sûre qu'il ne fait pas semblant et les autres non plus !

– Quel intérêt auraient-ils à feindre l'amnésie ? Ils ne peuvent en aucun cas agir pour vous desservir. »

Shao Paï lui lança un regard ironique.

« Qui sait ce que vous autres chevaliers avez derrière la tête ! »

Rhyll ne répondit rien. L'aversion de Shao Paï pour les chevaliers était bien connue de tous.


La déesse fit claquer sa langue et changea de sujet :

« Quoi qu'il en soit, tout sera réglé d'ici trois jours. »

Rhyll ne parut pas ému outre-mesure. Il attendait depuis si longtemps que trois jours auraient pu tout aussi bien représenter une éternité. Shao Paï soupira.

« Elle va très bientôt sortir de là, ainsi que je l'ai promis. »

Son regard enfin se porta sur la colonne de pierre ou plutôt sur l'objet qui trônait dessus : un cube argenté fait d'un métal inconnu, orné d'émeraudes et couverts d'inscriptions mystérieuses... la boîte de Pandore ! Le regard de Shao Paï se durcit.

« Je sais que tu ne m'entends pas mais je te jure que ton emprisonnement va bientôt prendre fin, Hane Lath... »

~*~

Après que leur maîtresse les eut quittés, les chevaliers restèrent un long moment à regarder tout autour d'eux sans oser bouger, s'asseoir, toucher ou même parler. C'était à peine s'ils respiraient. Finalement Vanien se risqua à avancer vers le couloir.

« Qu'est-ce que tu fais ?! » s'écria Éland dans un début de panique.

Le chevalier blond lui renvoya un regard calme.

« Ben quoi ? Elle a bien dit qu'on pouvait faire comme chez nous. J'aimerais bien trouver la cuisine, je meurs de faim ! »

Les autres ne pouvaient qu'être d'accord avec lui.

« Entendu, céda Éland, mais on y va ensemble !

- Peur de se perdre ? » railla l'autre chevalier.

C'était exactement cela. Habitués qu'ils étaient à une vie simple dans de petits villages, ils n'avaient encore jamais vu un édifice si grand. Chacun d'eux avait la désagréable sensation d'être tout petit et écrasé par tant de grandeur.


Dans le couloir sombre, Alinda agrippa le bras d'Éland.

« Tu pourrais faire de la lumière, s'il te plaît ? » demanda-t'elle dans un murmure.

Éland fut surpris de la facilité avec laquelle il put de nouveau invoquer les sphères enflammées. C'était comme un talent naturel dont il venait juste de prendre conscience.

« Elle ne s'est pas trompée sur nous, songea-t'il avec certitude. Nous sommes bien ses chevaliers... »

Il dévisagea ses trois compagnons avec une attention renouvelée. Aucun souvenir ne lui revint. Dépité, il leur demanda à voix basse, n'osant troubler le silence de ces lieux :

« Dites, le récit qu'elle nous a raconté ne vous a rien rappelé ? Aucun souvenir ? Même vaguement ? »

Ils secouèrent la tête dans un bel ensemble.

« Et toi ? demanda Ménestan. C'est pour ça que tu arrives maintenant à utiliser tes pouvoirs ?

- Je ne me rappelle de rien, répondit Éland avec une pointe de regret.

- Et puis, rectifia Vanien, il faut dire qu'on n'a pas trop essayé d'utiliser nos pouvoirs, nous. Dès que j'aurais quelque chose dans l'estomac, je tenterai le coup. Elle a dit que je représentais l'air, c'est ça ?

- Non, c'est moi l'air, intervint Ménestan. Toi, c'est la terre.

- Tu es sûr ? Bah, on verra après. Ah, je crois que la cuisine est par là ! »


Il entra dans une pièce au hasard mais ne s'était pas trompé : il s'agissait bien de la cuisine.

« C'est marrant, commenta-t'il alors que les autres entraient à sa suite, ça ressemble à chez moi. Je ne m'attendais pas à une aussi petite cuisine dans un immense manoir ! »

Sa remarque était pertinente. La pièce était très rustique et pas très bien équipée. Un vieux fourneau à bois, une table bancale et des chaises anciennes, un petit vaisselier avec une cheminée où crépitait du feu.

« Une seconde, fit Vanien après avoir inspecté les lieux, cela ne ressemble pas seulement à ma cuisine... c'est ma cuisine ! »

Il fronça les sourcils devant ce prodige.

« Qu'est-ce que tu racontes ? » demanda Ménestan.

L'autre homme passa les doigts sur la table en bois et s'arrêta à un endroit bien précis.

« Cette marque ici... il y a la même sur ma table, au même endroit. Et près de la cheminée, si mon intuition est bonne... »

Alinda, qui se trouvait justement à cet endroit, se retourna et vit des entailles sur le mur de pierres près de l'âtre.

« C'est mon père qui notait ma taille chaque année, expliqua Vanien en s'approchant et en effleurant les marques du bout des doigts. Pas de doute, c'est bien chez moi. Mais comment est-ce possible ?

- Sortons, proposa Éland, et voyons un peu les autres pièces. »

Ils firent ainsi mais Vanien n'oublia pas de s'emparer d'une miche de pain au passage.


Le couloir était toujours le même. La porte de la cuisine se referma lentement derrière eux. Éland la fixa d'un air intrigué.

« Ouvre-la à nouveau, » demanda-t'il à Alinda.

Intriguée, la jeune femme posa la main sur la poignée. La porte s'ouvrit sur la même pièce qu'ils venaient de quitter. Ils la contemplèrent un moment en silence avant que la lourde porte en bois ne se referme d'elle-même. Le bruit sourd résonna dans le silence profond. Aucun des trois autres chevaliers n'osa bouger alors qu'Éland réfléchissait intensément. Puis il se retourna soudain et s'avança vers une autre porte.

« Ma chambre, » marmonna-t'il avant d'ouvrir.

La pièce qu'il découvrit était l'exacte réplique de sa chambre alors que l'original était partie en fumée avec le reste de sa maison. L'homme aux cheveux noirs secoua la tête.


« Je crois comprendre comment ça fonctionne, expliqua-t'il aux autres. On a juste à penser à l'endroit qu'on veut voir avant d'ouvrir une porte. »

Les trois autres jeunes gens en furent stupéfaits.

« C'est... c'est tout bonnement incroyable ! s'écria Ménestan, ses yeux bleus s'écarquillant.

- N'oubliez pas que nous nous trouvons à Olympias, le domaine des dieux, rappela Éland en haussant les épaules. Rien n'est incroyable pour eux. Et puis après ce que je viens de vivre ces derniers jours, il n'y a plus grand-chose qui puisse m'étonner... »

Alinda fut tentée d'essayer. Elle se dirigea vers une autre porte et annonça :

« Ma salle de bain ! »

La porte s'ouvrit sur le lieu désiré. Ménestan fit de même pour une bibliothèque et s'extasia devant tous les livres rassemblés, certains qui lui étaient même inconnus.


Avec un sourire rusé, Vanien se planta devant une autre porte et fit :

« Une pièce remplie d'or ! »

Stupéfaits, les autres concentrèrent leur attention sur lui et retinrent leur souffle tandis qu'il ouvrait lentement la porte... puis le retinrent encore lorsqu'ils virent ce que la pièce recelait : des montagnes de pièces d'or. Sous le charme, Vanien tendit la main pour se servir mais Éland s'interposa :

« Arrête, ce n'est pas à nous ! » le morigéna-t'il.

Vanien renifla dédaigneusement.

« Allons, cet or n'est à personne, il vient juste d'apparaître, répliqua-t'il. Et comme l'idée vient de moi, l'or m'appartient. »

Le raisonnement se tenait sauf que...

« Et que feras-tu avec de l'or ? lança Ménestan. On n'est pas près de quitter cet endroit de si tôt.

- Ce sera pour plus tard quand nous serons libres. »


Éland secoua la tête.

« Bon, on s'est assez amusés comme ça. Il est temps de remplir notre devoir, déclara-t'il en grandes pompes.

- Quel devoir ? s'enquit Alinda.

- Nous sommes les chevaliers de cette déesse. D'après ce que je sais, elle est actuellement en guerre contre un autre dieu, ce Myst Nail dont elle a parlé dans son histoire. Il peut envoyer ses deux chevaliers attaquer à tout moment alors il faut qu'on monte la garde ! »

Il était bien le seul à être motivé.

« Pour quoi faire ? répliqua Alinda. Tu as entendu notre maîtresse, pas vrai ? Elle se fiche de notre sort. Alors je n'ai pas envie de prendre des risques pour elle. »

Les deux autres hommes semblaient plutôt d'accord avec elle.


Éland plissa le front.

« Mais... c'est notre devoir de la servir ! En plus vous croyez vraiment qu'elle va nous demander notre avis ? Elle m'a bien jeté dans la bataille sans me laisser le temps de dire 'ouf' ! »

Vanien se tapota le menton.

« Mouais, c'est bien son style d'après ce que j'ai vu d'elle. Alors on ferait mieux de nous entraîner. Éland, on compte sur toi pour nous expliquer comment utiliser nos pouvoirs comme tu le fais.

- Parce que tu as l'intention de te battre pour elle ? » lui fit Alinda, incrédule.

Il la fixa droit dans les yeux.

« J'ai surtout l'intention de survivre, répliqua-t'il. Nous n'y arriverons pas sans nos pouvoirs. »

Ménestan hocha la tête.

« Vanien a raison, approuva-t'il. Mais nous ferions mieux de sortir dans les jardins pour nous entraîner. »

Éland acquiesça, soulagé, et Alinda ne put que se plier à la volonté du groupe.

~*~

Bien que très motivés, les chevaliers finirent par renoncer au bout de deux heures. Dans le vaste jardin derrière la demeure de leur maîtresse, tandis que l'après-midi était bien avancé, ils étaient exténués et découragés. Seul Éland pouvait invoquer quelques flammes mais rien de spectaculaire. Quant aux autres... rien. Ils avaient eu beau se concentrer du mieux qu'ils pouvaient, il n'y eut aucune manifestation de leurs pouvoirs. Écœuré, Vanien secoua la tête.

« Je vous l'avais bien dit, lança-t'il aux autres, elle s'est trompée de personnes ! Enfin, sauf pour lui. »

Il désigna Éland du doigt. Les quatre jeunes gens s'étaient assis autour d'une fontaine majestueuse afin de se reposer.

« Non, pitié, ne me laissez pas tout seul avec elle ! » répliqua l'intéressé d'un ton terrifié.

Même si cela avait été dit sur le ton de la plaisanterie, Vanien était à moitié sérieux et Ménestan ainsi qu'Alinda n'étaient pas loin de se ranger à son avis. Éland n'envisageait absolument pas de rester seul avec cette déesse enragée — tout sauf ça !


Un bruit de pas les fit soudain tressaillir. Inquiets que ce soit Shao Paï venus les réprimander, ils se mirent debout d'un bond et se tournèrent dans la direction du nouveau venu. Éland poussa un cri étranglé.

« Bonjour, fit l'homme qui venait d'apparaître, j'espère que je n'interromps rien d'important. »

Sa langue semblant fermement collée à son palais, Éland ne put que lever un bras impuissant pour empêcher ses compagnons d'approcher de l'étranger. Ce dernier leur sourit.

« Je vois que vous êtes tous au complet. Mon maître sera ravi de l'apprendre. Mais ce n'est pas pour ça que je suis venu. »

Ménestan fit un pas vers lui.

« Bonjour, pouvons-nous savoir qui tu es ? » demanda-t'il prudemment.

L'homme soupira.

« Alors ce n'est pas seulement Éland, hein ? Comme c'est étrange... »


Ce dernier retrouva soudain l'usage de la parole et s'écria :

« Éloigne-toi de lui, Ménestan ! C'est un des deux chevaliers qui m'ont attaqué ! »

Ses trois compagnons lui lancèrent un regard surpris.

« Je vous jure que c'est lui ! Je reconnaîtrai ce visage n'importe où. Il a voulu me trancher la gorge ! » précisa-t'il en pointant du doigt blessure qui commençait à peine à cicatriser.

Du coup le nouveau venu fut l'objet de regards incertains. Il ne se départit pas de son sourire.

« Es-tu vraiment notre ennemi ? demanda Ménestan.

- Ce sont nos maîtres qui sont ennemis, répliqua-t'il, enfin... pour le moment. Je m'appelle Murio, puisque vous avez tout oublié, et je suis un des chevaliers de Myst Nail, le souverain des dieux antiques et également le dieu du mal.

- Là, je vous avais bien dit que c'était notre ennemi ! » répliqua Éland.

Murio soupira.

« Cette amnésie n'aurait pas pu tomber au plus mauvais moment. Je pensais au départ qu'il s'agissait seulement d'un réveil imparfait mais puisque vous êtes tous affectés, ce doit être plus grave que cela. »


Il fixa les autres chevaliers qui s'étaient mis en position de combat — sauf Alinda qui avait reculé de deux pas et se cachait derrière ses camarades masculins.

« Pourquoi cette animosité ? demanda-t'il.

- Tu as détruit ma maison, fit Éland, tu as tenté de me tuer !

- Oh, tu en es encore là ? »

Murio haussa un sourcil.

« Il faut que vous comprenez quelque chose d'important : quelles que soient les querelles de nos maîtres, les chevaliers sont tous solidaires.

- Et la solidarité consiste à me tuer ? s'indigna Éland.

- Je n'ai fait qu'obéir à mon maître, ne vois rien de personnel là-dedans.

- Rien de personnel ?!

- Et même si je t'avais tué, la belle affaire ! Nous sommes des chevaliers, nous pouvons nous réincarner autant de fois que nécessaire ! »

Cela fit taire Éland qui avait occulté ce détail. Il venait à peine d'accepter avec réticence le fait qu'il soit un chevalier, alors il n'avait certainement pas encore assimilé tout ce que cela impliquait.

« Tout de même, marmonna-t'il, ce n'est pas une raison pour gâcher notre vie comme ça ! »


Contre toute attente, Murio se mit à rire. Vexé, le jeune homme le foudroya du regard.

« Désolé, fit le chevalier de Myst Nail. C'est juste que dans ton cas, on peut dire : tel maître, tel chevalier !

- Tu es venu pour quelque chose ou juste pour te moquer de moi ? » lui demanda Éland d'un ton peu amical.

Murio reprit son sérieux.

« Je suis venu pour voir comment vous allez. Cela dit, je préférerai ne pas en parler ici. Maître Shao Paï est déjà assez soupçonneux sur les chevaliers, inutile qu'il nous voit comploter sur ses terres. Allons ailleurs. »

Éland eut un sourire moqueur.

« Tu nous prends vraiment pour des idiots ? On ne va pas tomber dans ton piège grossier : tu cherches juste à nous attirer loin de notre maîtresse pour que ta copine ait le champ libre afin de l'attaquer !

- Vous avez vraiment beaucoup de choses à réapprendre, soupira Murio. Les chevaliers n'ont pas le droit d'attaquer les dieux, c'est une règle fondamentale.

- Tu mens ! Ta copine au sabre a attaqué notre maîtresse ! » objecta Éland.

La bouche du chevalier aux cheveux noirs et blancs se tordit en un pli amer.

« C'est exact, reconnut-il d'une voix grave, et elle est en train de recevoir son châtiment en ce moment même... »


Un silence plana un bref instant, puis Murio se reprit :

« Un seul d'entre vous peut venir avec moi, si ça vous rassure. Éland, pourquoi pas toi ? »

L'interpellé fronça les sourcils.

« Hein ? Pourquoi moi ?

- Eh bien... d'habitude, c'est toi qui assumes le commandement. »

Un autre silence se fit, incrédule cette fois. Bouche bée, Éland hocha la tête.

« Oh... Ah bon... alors je viens avec toi. »

Il fit un pas avant de se tourner vers ses compagnons et de prendre un air important.

« Hum, bon... je compte sur vous pour poursuivre l'entraînement ! »

À ses côtés, Murio retint un sourire.

« Je présume que tu ne te rappelles pas non plus de la façon de se dématérialiser ? Alors laisse-moi faire. »

Il posa une main sur l'épaule du jeune homme qui tressaillit — après tout cette même main avait tenu le poignard qui avait failli mettre fin à sa vie quelques jours plus tôt — et les deux chevaliers disparurent subitement.


Quant aux trois chevaliers restants, ils fixèrent l'endroit de la dématérialisation avec stupeur. Il fallut un long moment avant que Vanien ne secoue la tête et dise :

« Dites-moi que j'ai mal entendu... Éland serait notre chef ? Moi, je demande un nouveau vote. On court à la catastrophe avec lui aux commandes !

- En parlant de commandes, souffla Alinda, que va-t'on dire à... notre maîtresse si elle demande après Éland ? »

Les deux hommes ne surent que répondre, bien embarrassés. Ménestan se passa une main sur le front.

« Avec de la chance, il sera rentré avant qu'on ne la revoie. Souvenez-vous, elle ne voulait pas qu'on la dérange avant ce soir.

- Prions pour qu'il en soit ainsi, fit la jeune femme.

- Et tu veux prier qui ? railla Vanien. On est parmi les dieux ici, je te rappelle.

- Ah... tu as raison. »


La jeune femme se tordit les mains, dépitée. Les mortels pouvaient toujours s'en remettre aux dieux — même si ces derniers faisaient souvent la sourde oreille ou pire encore, répondaient à ces appels — mais à qui les chevaliers adressaient-ils leurs prières ? Au dieu qu'ils servaient ? N'était-ce pas un peu étrange de prier une personne que l'on côtoyait tous les jours ?

« On ferait mieux de nous concentrer sur notre entraînement, intervint Ménestan.

- Mais on n'a encore obtenu aucun résultat ! protesta Vanien.

- Recommençons... chacun de notre côté cette fois. Il faut se mettre dans un endroit où se trouve notre élément. C'est comme ça qu'Éland a procédé au départ, avec sa maison qui brûlait juste à côté de lui. »

Vanien leva les mains, résigné.

« Entendu. »

Ils se remirent à l'entraînement.


Notes de Karura : Nos pauvres chevaliers ont encore bien des choses à apprendre. Quant à Hane Lath, elle se retrouve à présent enfermée dans la boîte de Pandore ? Qu'est-ce qui a bien pu se passer ?






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