Prisonnier du Temps 9

Chapitre Neuf : Démonstrations



Malgré tout, Béphélius et Vanain se disputèrent dans la nuit. Pour être exact, ce ne fut pas tout à fait une dispute.

Ils s'étaient déjà réconciliés en rentrant au palais. Du moins pour Béphélius, les choses étaient réglées et tout était redevenu comme avant.

L'atmosphère devint intime avant qu'ils n'aillent se coucher et l'Elfe Noir le prit gentiment dans ses bras.

Néanmoins, alors que leur affection atteignait son paroxysme et que Béphélius se tordit le cou pour réclamer un baiser à l'Elfe Noir, Vanain leva subitement la tête et lui demanda doucement, ses yeux rouge rubis fixés sur lui :

« Cet homme de tout à l'heure... vous allez le laisser vous faire ça ? Ou bien c'est vous qui allez le lui faire ? »

L'atmosphère se refroidit d'un coup.

Cette nuit-là, tous les servants du palais du prince surent que l'Elfe Noir, lui qui était tant aimé du prince, avait été jeté hors de la chambre par Son Altesse Royale pour la première fois.


* * *


Le lendemain matin, à l'aube.


Herlidan contempla sa main avec épouvante.

Sa main gauche était complètement enflée et rouge, à tel point qu'elle commençait à ressembler au sabot d'une bête.

Le visage de l'Elfe Noir lui vint aussitôt à l'esprit et il n'avait aucun doute sur le fait que l'Elfe Noir en soit le responsable. Cependant, il savait aussi que personne ne le croirait. Les gens se diraient seulement qu'il était fou ou bien qu'il était étroit d'esprit et avait des motifs ultérieurs.

En effet, tout le monde savait que les Elfes Noirs n'avaient qu'un très faible pouvoir. Il leur serait impossible d'infliger une telle blessure à un puissant officier elfique.

Qui plus est, la relation entre l'Elfe Noir et le prince Béphélius était également de notoriété publique. S'il accusait ouvertement l'Elfe Noir, les gens se diraient simplement qu'il ne pouvait pas tolérer un esclave elfique et qu'il avait tenté de le piéger. Le prince Béphélius en viendrait à le haïr et mettrait sûrement fin à leur mariage arrangé.


La famille Turner et lui avaient désespérément besoin de cette alliance avec le prince Béphélius. Bien la famille Turner soit réputée parmi les Elfes de Lumière, leur prestige s'était quelque peu terni ces dix dernières années. Pour le moment, la famille Manda était au même niveau qu'eux mais s'il parvenait à épouser le prince Béphélius, il pourrait en profiter pour élever la famille Turner au sommet.

Alors il ne pouvait permettre qu'une telle chose se produise ; il ne put qu’enfouir ses doutes et ses soupçons au sujet de l'Elfe Noir au plus profond de son cœur.

Néanmoins, il ne put s'empêcher de se remémorer la soirée précédente.


Quand le prince Béphélius était parti voir le roi des Elfes, Herlidan ne voulait pas partir et manquer l'occasion de passer du temps avec le prince, alors il avait attendu non loin et était revenu au moment qu'il avait estimé être bon.

Sauf que le prince Béphélius n'était pas encore revenu. Il n'y avait que son Elfe Noir qui attendait là en silence, la tête baissée.

Sans mentir, cet Elfe Noir était d'une beauté extrême et d'un tempérament extraordinaire. Il n'avait rien à voir avec les Elfes Noirs ordinaires. Si une telle personne avait été un Elfe de Lumière, Herlidan ne se serait jamais permis ce genre de pensées. Cependant, il avait toujours pu agir à sa guise avec les Elfes Noirs, qui qu'ils soient. Il en était de même pour cet Elfe Noir, même s'il avait l'air noble, puissant et inapprochable.

Herlidan soupira intérieurement : son Altesse Royale avait si bien traité cet Elfe Noir. Il était évident que ce dernier avait les faveurs du prince, comme le disait la rumeur. En fait, on pouvait le deviner rien qu'en observant l'attitude du prince qui le traitait comme un bien très précieux.


Il secoua la tête et se dirigea vers l'autre personne.

Mais l'Elfe Noir devait être vraiment gâté par le prince Béphélius. En le voyant, il ne se montra pas impoli mais il ne le regarda pas.

Herlidan en fut très mécontent. Malgré cela, en se rappelant qu'il s'agissait du précieux esclave du prince, il dut réprimer le mécontentement dans son cœur pour le moment. Avec patience, il prit l'initiative d'adresser la parole à l'autre homme :

« Eh bien... qu'est-ce que le prince aime d'ordinaire ? »

C'était un honneur rare qu'il lui accordait. Si cela n'avait pas été dans le but de préserver son mariage arrangé avec le prince Béphélius, il n'aurait pas agi de la sorte.

Cependant, l'Elfe Noir se contenta de lever les yeux et de le fixer. Les yeux rouge rubis étaient comme des pierres précieuses froides, remplis d'indifférence, voire même avec une pointe de... dédain. Après un rapide regard, l'Elfe Noir se détourna de lui.

Herlidan se mit aussitôt en colère mais il ne perdrait pas son sang-froid à cause d'un esclave elfique. Ce serait indigne de son rang.


Il s'avança et saisit la main de l'Elfe Noir de manière ambiguë et humiliante, avant de lui chuchoter :

« J'imagine que tu sais qui je suis... Ce n'est pas dans tes intérêts d'agir contre moi. »

Les Elfes étaient monogames mais bien des nobles avaient des amants et des esclaves après le mariage. Les amants étaient tolérés. Quant aux esclaves, ils devenaient la propriété partagée du mari et de la femme, et il était normal qu'ils servent les deux époux.

Par conséquent, s'il épousait le prince Béphélius, cet esclave deviendrait logiquement sa propriété. Il pourrait lui faire ce que bon lui semblerait. Pour lui, cet esclave devait comprendre ce fait.


Cependant, sa main fut tout à coup saisit avec une force impressionnante. Herlidan leva vivement la tête et croisa le regard glacial de l'Elfe Noir dont les lèvres s'étirèrent en un sourire peu amical.

Ces yeux d'un rouge sombre affichaient clairement leur moquerie et leur mépris. L'esclave se pencha lentement vers lui, réduisit la distance qui les séparait et fit à voix basse :

« Ce qu'il aime d'ordinaire... Pourquoi devrais-je vous le dire ? Je devrais savoir qui vous êtes ? Vous ? Je peux le faire pleurer et le faire rire ; qu'en est-il de vous ? »

Puis l'Elfe Noir redressa la tête pour planter son regard dans le sien et l'avertit d'un ton grave et condescendant :

« Il est à moi, ne vous approchez pas de lui. »

Herlidan en resta sans voix, le cœur rempli de stupéfaction et aussi d'une pointe de... terreur. Il n'avait jamais vu un Elfe Noir aussi dominant et effrayant.


Tout à coup, la prise sur sa main disparut, de même que l'indifférence, la moquerie et la menace du visage de l'Elfe Noir. En un instant, sa main se fit molle dans sa prise. Ce dernier prit un air faible, mécontent et en souffrance.

Aussitôt après, Herlidan vit le prince Béphélius courir droit vers eux.

En y songeant de nouveau, Herlidan retint un juron. Ce sale Elfe Noir et ses manigances ! Audacieux et arrogant, il osait tenter de posséder son maître et de déclarer sa souveraineté sur le prince Béphélius ?! Il jouait aussi la comédie pour tromper le prince et ternir l'image de Herlidan à ses yeux. Herlidan n'osait imaginer ce que le prince pensait de lui en cet instant.

Néanmoins, quand il repensait au regard de l'Elfe Noir à ce moment-là, il se sentait mal à l'aise et nerveux. Il se consola en se disant que ce n'était qu'un Elfe Noir. Même si, à cause de son traitement de faveur, il avait quelques petites capacités que les autres Elfes Noirs n'avaient pas, il n'avait pas à avoir peur.


Ce n'était qu'un Elfe Noir. Un minable Elfe Noir. Herlidan ferait mieux de se soucier de l'attitude du prince Béphélius.

En même temps, il savait que s'il révélait la vérité au prince Béphélius, ce dernier ne le croirait pas et penserait qu'il racontait des absurdités pour se justifier.

Personne n'irait le croire.

Ce n'était qu'un Elfe Noir.

À cette pensée, il ressuya son visage et ordonna à son intendant d'acheter un bouquet et de l'envoyer au prince Béphélius avec ses excuses.

Il ne pouvait que tenter de sauver la situation autant que possible.


* * *


Béphélius ne prêta pas attention au bouquet commandé par Herlidan.

Il devait se rendre d'urgence au Palais du Gouvernement pour entendre les rapports du jour alors il devait se lever tôt, sauf qu'il n'avait pas bien dormi la nuit.

Il avait pris depuis longtemps l'habitude de dormir dans les bras de l'Elfe Noir alors, après l'avoir chassé de sa chambre, il avait tourné et s'était retourné dans son lit pendant un bon moment, incapable de dormir paisiblement. Quand il s'était réveillé et avait vu l'Elfe Noir attendre respectueusement au pied du lit pour l'habiller comme d'ordinaire, il lui en voulut encore plus et lui reprocha son insomnie.

Aussi dans la matinée, qu'il se lave, s'habille ou prenne le petit-déjeuner, il garda un visage froid et n'adressa pas un mot à Vanain. De toute évidence, il était fâché sauf que quand il partit, il attira l'Elfe Noir dans son carrosse et se pencha naturellement contre lui. Il marmonna un ordre :

« Serre-moi dans tes bras un moment, j'ai envie de dormir. »

Il craignait de ne pas avoir assez d'énergie pour écouter les longs rapports. Quelles que soient les circonstances, le prince Béphélius avait toujours présenté une image noble, prometteuse et extraordinaire. Jamais il ne se permettrait de paraître au Palais du Gouvernement dans un état léthargique.


Le carrosse était d'un blanc immaculé, tiré par quatre licornes, et d'épaisses tentures de gaze blanche étaient tirés sur les ouvertures des deux côtés. De l'extérieur, il était impossible de voir l'intérieur. Quatre garde elfiques suivaient, chevauchant des licornes. Béphélius était en sécurité à Guangdu alors sauf circonstances exceptionnelles, il se déplaçait sans grande escorte.

Dès que Béphélius se pressa contre Vanain, il passa ses bras autour de son cou en un geste naturel et pressa son visage contre son torse. Il n'avait pas eu assez de repos alors il s'endormit paisiblement presque aussitôt.

Vanain contempla son visage endormi sans rien dire, tendit la main pour remettre en place une mèche sur son front, puis passa son bras droit autour de sa taille et déposa un baiser sur son front et ses paupières...




Mini-théâtre de Karura :

Herlidan arrive comme une fleur.

Vanain : Pas touche, Béphélius est à moi !

Béphélius : Pas touche, Vanain est à moi !

Herlidan, qui n'a rien demandé à personne, se retrouve pris entre deux barils de vinaigre. En Chine, quand on est jaloux, on dit qu'on boit du vinaigre. (1)

Herlidan : Je sens que ça va mal finir pour moi... QAQ



Notes du chapitre :
(1) En Chine, quand on est jaloux, on dit qu'on boit du vinaigre.






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