Prisonnier du Temps 21

Chapitre Vingt-et-Un : Un remplacement dans le prix



« Votre Altesse Royale. »

L'Elfe Noir prit de nouveau l'autre homme dans ses bras et il pressa leurs fronts ensemble.

« Je vous ai laissé le choix. Ceci est le résultat de votre propre choix. Je vous dirai tout ce que vous voudrez et je vous montrerai toute la vérité. Et vous, en retour, devrez satisfaire à toutes mes demandes à compter de maintenant, sans aucun refus possible.

« Vous m'appartenez complètement, intégralement.

– Alors la voix, c'était toi ? » demanda doucement Béphélius pour avoir confirmation.

Il y avait pensé dès qu'il avait vu l'Arbre de la Vie et ce n'était que maintenant qu'il avait l'occasion de poser la question et d'en avoir la confirmation.

Vanain acquiesça sans aucune honte.


Béphélius sentit son souffle s'accélérer d'un coup :

« ... Alors quand j'étais dans la Forêt de la Vie, angoissé et à ta recherche, tu le savais et tu as tout vu. Tu avais tout organisé, utilisant ta disparition pour passer un marché avec moi ?

« Ah, dire que pour te retrouver et te récupérer, il a fallait que je paye et en plus, je me suis fait souci en me demandant ce qui t'arriverait si jamais je ne respectais pas ma part du marché ! »

Il leva les yeux vers son Elfe Noir, le coin de ses lèvres étiré en un sourire sarcastique, ses yeux un peu rougis par l'agitation.

« Votre Altesse Royale, écoutez-moi. »

Vanain le serra plus fort contre lui et murmura d'un ton impuissant :

« Je n'ai pas pensé ainsi à l'époque, je ne m'attendais pas à... ce que votre souhait me concerne. À la base, je voulais simplement vous mener ici, exaucer n'importe lequel de vos souhaits et vous demander une récompense le moment venu. J'en aurais profité pour vous demander de vous offrir à moi et de rester avec moi pour toujours.


« Mais quand vous avez dit ça, je ne savais plus que faire, à part réapparaître devant vos yeux... »

En fait, il aurait presque sauté de joie jusqu'au ciel en entendant la requête de Béphélius et il avait complètement perdu sa faculté normale de penser.

« Quoi qu'il en soit... »

Les yeux rouge rubis de l'Elfe Noir s'assombrirent et il porta Béphélius et se dirigea vers le palais.

« Vous m'appartenez à présent, comme je l'ai dit. Il est temps pour moi d'avoir ma récompense. »


* * *


Après avoir découvert les origines de Vanain, Béphélius renonça à toute raison et continua à vivre avec l'Elfe Noir qui était à ses côtés depuis dix ans.

De toute façon, il ne savait pas quoi faire. Il était en colère mais l'éducation qu'il avait reçue depuis son enfance lui avait donné l'habitude de ne jamais laisser ses décisions se faire dicter par ses émotions. Peu importait la situation, il devait toujours y réfléchir rationnellement afin de trouver une solution au moindre coût et au meilleur bénéfice.

Il était très, très fâché contre Vanain pour sa duperie et les dommages émotionnels que cela lui causait. Mais avec le peu de raison qu'il lui restait, il se demanda ce qu'il serait le mieux pour l'avenir.

Si Vanain était bien un être aux origines inconnues, né du pouvoir de l'Arbre du Temps comme il l'appelait, et que c'était un enfoiré qui avait joué avec ses sentiments, alors devait-il encore vivre avec lui ?

Si la réponse était non alors la marche à suivre est très claire : il devrait trouver le moyen de quitter l'autre Elfe et en attendant cette occasion, ne pas céder facilement, même si l'autre partie était une entité puissante, tel un dieu dans les légendes — c'était ce qu'il avait prévu de faire avec le propriétaire de la voix avant.


Néanmoins, Béphélius se rendit compte qu'il voulait quand même rester avec Vanain.

À ce point, il respecta pleinement les faits et écouta son cœur et n'eut pas un seul moment l'impression d'être lâche ou autre. La vrai fierté venait du plus profond de son cœur. Il ne faisait que choisir l'option la plus confortable et la plus rapide pour lui plutôt que chercher à se conformer aux jugements usuels de ce monde.

Lui et son esclave elfique vivaient ensemble depuis dix ans, partageaient leurs repas et leur lit pendant dix ans, appréciant l'affection mutuelle et sans jamais se quitter. Bien qu'ils soient maître et esclave aux yeux du monde, ils étaient en réalité plus proches que bien des amants. Ils étaient un véritable couple, si on oubliait la tendresse et l'affection ; ils formaient une famille, enchaînés l'un à l'autre.

Dans tous les futurs envisagés par Béphélius, il n'y en avait pas un où il permettrait à Vanain de le quitter.

Alors même dans cette situation, il n'avait aucunement l'intention de quitter Vanain donc le résultat n'était qu'un autre moyen de rester ensemble.


Ce ne serait qu'une perte d'énergie de se fâcher avec l'autre Elfe ou de le confronter et cela ne serait pas très productif, à part pour décharger son mécontentement.

Le fait était qu'il était bien trop paresseux pour se fâcher. S'il avait le temps et l'énergie de se mettre en colère, autant laisser Vanain le servir en tant que récompense, puis s'endormir les bras autour de son Elfe Noir.

Alors Béphélius prit une position plus confortable et continua de se nicher dans les bras de Vanain, laissant l'autre le porter. Tout en jouant un moment avec la clavicule et la nuque de Vanain, il demanda d'un ton naturel :

« Toi, quand est-ce que tu as déplacé mon palais dans cet endroit fantomatique ? »

C'était plutôt ce problème qui l'inquiétait.

Vanain fit une pause avant de répondre dans un souffle :

« … Il y a sept ans. »


Alors comme ça, cela faisait sept ans qu'il vivait dans cet arbre pervers de malheur sans le savoir ? Béphélius haussa un sourcil en direction de son Elfe Noir.

« J'ai utilisé des sorts particuliers, comme des sorts de distorsion spatiale ou de dissimulation pour que cela n'affecte pas notre vie normale, expliqua Vanain en embrassant gentiment Béphélius sur le front. Mais vous devez comprendre : le fait de vous emmener ici, dans cet endroit que personne ne peut attendre ou approcher, cela me vraiment tranquillise l'esprit. »

Non, je ne comprends pas du tout, se dit Béphélius mais il était bien trop paresseux pour se disputer avec son partenaire dans un endroit où c'était difficile de s'expliquer et de parvenir à un compromis, impliquant des conceptions différentes sur la vie, le monde et des valeurs différentes.

Alors il fit semblant de comprendre, émit un petit « En, » puis émit une requête :

« Tu dis que cela n'affectera pas notre vie normale, alors j'irai au Palais du Gouvernement régler mes affaires demain. Ne me laisse plus sortir pour voir de nouveau cet arbre. Je veux mes serviteurs, mes gardes et mon carrosse. »


Vanain regarda le prince avec surprise et indulgence, puis tendit la main pour recouvrir les doigts froids de Béphélius.

« Vous n'êtes pas en colère ? »

C'était inutile de se mettre en colère. À quoi bon gaspiller ainsi son énergie ? Il n'y avait que les gens travailleurs qui le faisaient, et ce n'était pas du tout son cas.

Néanmoins, Béphélius ne dévoila pas ses vraies pensées. Il se contenta de regarder Vanain en battant des cils, porta sa main à ses lèvres pour l'embrasser et murmura doucement :

« Sers-moi bien, fais en sorte que tout redevienne normal et je ne serai pas en colère. »

C'était mieux que la pire des réactions que Vanain avait prévues de la part de Béphélius.

Par conséquent, il servit l'Elfe de Lumière, Son Altesse Royale, avec les moyens qu'il avait prévu au préalable pour le forcer à la soumission et quand il sentit que ses désirs déclinaient un peu, il rétablit les choses comme auparavant, selon la volonté de Béphélius.


À un certain degré, Vanain pouvait se montrer très obstiné. Il obtenait toujours ce qu'il voulait, quitte à adapter sa façon de faire et de penser.

Le temps était figé sur l'Arbre du Temps alors Béphélius n'aurait su dire combien de temps s'écoula avant qu'ils ne retournent dans le monde normal. Cela pouvait être des jours, des mois ou bien des années.

Sous le contrôle de Vanain, rien n'était soumis au temps en ces lieux et il était impossible de déterminer le passage du temps en se basant sur l'extérieur Pas d'alternance entre le jour et la nuit. (1), et même les battements de cœur ou le pouls d'une personne étaient devenus extrêmement faibles.

Ainsi, Béphélius n'aurait pas pu jurer que sa perception du temps soit restée très fiable dans de telles conditions. Il ne pouvait pas estimer le temps écoulé et il était même vain de mesurer quoi que ce soit, alors Béphélius s'en abstint. Il ne se troubla plus avec ce problème mais accepta plutôt la réalité relative.


* * *


Au premier matin de son retour dans le monde normal, tandis que Béphélius était censé se mettre en route pour rejoindre le propriétaire de "la voix", il reçut une convocation urgente du roi des Elfes et il se rua au palais.

Son grand-père Archille et le roi des Elfes attendaient dans l'étude, le visage grave.

Béphélius se sentit tout à coup nerveux, se demandant s'il s'était passé quelque chose de sérieux.

Il entendit alors la voix solennelle d'Archille :

« Béphie, je t'ai fait venir ici pour te dire que j'ai entendu un nouvel ordre de la voix cette nuit.

– Il me demande de venir au plus vite ? » hasarda Béphélius.

Il ne comprenait pas que Vanain, qui venait juste de lui jouer un tour, tentait d'en faire un nouveau.

« Non, il a dit que tu n'avais plus besoin de le rejoindre. Il veut changer sa récompense. »

L'expression d'Archille se fit très compliquée.

« Il exige que tu épouses ton Elfe Noir, celui qui est toujours avec toi. »



Notes de Karura : Vanain ne perd pas le nord et profite de la situation pour épouser son prince !


Notes du chapitre :
(1) Pas d'alternance entre le jour et la nuit.






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