Prisonnier du Temps 22

Chapitre Vingt-deux : Partir



Béphélius n'eut même pas le temps de répondre que le roi des Elfes faisait déjà un scandale :

« Père ! Il se joue de nous ainsi ! Il nous met délibérément dans une position inacceptable et attend tranquillement de nous voir nous enfoncer de plus en plus. Au moment où nous allions respecter notre marché, il en change le contenu pour quelque chose de plus outrageux encore. Si nous acceptons sa demande cette fois, que fera-t'il après ? Pourquoi vous lui cédez ? »

Archille secoua la tête.

« J'en ai parlé avec cette voix. Il m'a assuré que ce serait sa demande définitive, qu'il n'en changerait plus. S'il la changeait encore, nous pourrons le considérer comme une rupture de contrat et la transaction serait nulle et non avenue. Mais si nous n'acceptons pas de faire ce qu'il demande, nous serons doublement punis, comme avant.

– Pourquoi cette demande bizarre... ? murmura le roi des Elfes. Espère-t'il nous obliger à améliorer le statut des Elfes Noirs ? »

Pour le roi des Elfes, cette "voix" était une entité spirituelle qui ne devait pas se soucier de sa propre existence, alors l'Elfe ne s'attendait pas à ce que cette étrange requête puisse satisfaire les propres désirs de la "voix".


Archille secoua la tête, regarda son fils et fit d'un ton sérieux :

« Peu importe ses plans, nous ne pouvons pas refuser sa demande. »

Non seulement il avait entendu la "voix" dans son rêve de la veille mais au dernier moment, il avait vu quelque chose de terrifiant — un immense arbre noir qui s'élevait vers le ciel et qui se desséchait d'un coup à partir de ses racines avant de s'écrouler. Le ciel était devenu noir, le monde entier était devenu sombre, froid et sans vie. Tous les Elfes se lamentaient, qu'ils soient de Lumière ou Noirs, avant de mourir un à un dans la souffrance... Le monde tout entier fut plongé dans une apocalypse sans nom avant d'être anéanti.

Archille ne savait pas très bien ce que voulait dire cette partie de son rêve, il le prit simplement comme un avertissement de la part de la "voix". Il les avertissait de ne pas dépasser les bornes et de suivre Ses instructions. Archille se dit que même si la "voix" violait de nouveau le contrat et émettait une autre requête, ils ne pourraient rien faire à part se soumettre. Après tout, le pouvoir était tout dans ce monde.


Il se tourna vers son petit-fils, lui fit signe de s'approcher et demanda doucement :

« Béphie, qu'en penses-tu ? »

Je veux rentrer et demander à Vanain ce qui lui est passé par la tête.

« Ce que j'en pense n'a aucune importance, répondit Béphélius en secouant la tête, tentant d'avoir l'air nonchalant. Le mariage, ce n'est pas un gros problème. »

Archille hocha la tête.

« Je crois me souvenir que tu aimes bien ton Elfe Noir. Et ce résultat vaut mille fois mieux que de te laisser rejoindre le propriétaire de cette "voix". »


* * *


Archille et le roi des Elfes décidèrent donc de se soumettre aux demandes de la "voix" — après tout, ils n'avaient guère le choix. Cependant, la nouvelle du mariage de Béphélius ne fut pas annoncée tout de suite.

Étonnamment, la "voix" pressa Archille toutes les nuits dans ses rêves, lui montrant à chaque fois les terribles images de la fin du monde en guise d'avertissement.

Béphélius n'y tint plus et se rua chez lui pour se plaindre à Vanain :

« Tu peux arrêter de faire peur à mon grand-père ? Ils sont d'accord pour le mariage mais il faut du temps pour les préparatifs. Mon grand-père est déjà assez âgé ; même si sa forme physique et mentale est bien meilleure que chez la plupart des vieux Elfes, il ne peut pas supporter une telle pression. »

En guise de punition, Vanain fut chassé de la chambre cette nuit.

Incapable de dormir dans les bras de son amant, Vanain fut abattu. Durant cette longue nuit, il se sentit bien seul et s'ennuya beaucoup. Du coup, il n'osa plus importuner Archille.


Alors cette nuit-là, le roi des Elfes fit un rêve. Il vit la fin du monde de façon encore plus détaillée et terrifiante que ce qu'Archille lui avait rapporté avant, le tout accompagné d'une voix grave et vide :

« Souviens-toi de ta promesse...» J'adore la façon de faire de Vanain ! Comme l'a dit l'auteur dans le chapitre précédent, il n'hésite pas à s'adapter pour arriver à ses fins. (1)

Quand le roi des Elfes se réveilla, il arrangea tout en trois jours.

Il tint une grande conférence de presse et annonça au public que lui et l’ancien roi des Elfes, Archille, avaient tous deux eu un songe prophétique envoyé par l’Arbre de la Vie. L’Elfe Noir Vanain qui était aux côtés du prince Béphélius était un représentant des dieux, et les dieux leur ordonnaient de s’unir dans l’optique d’un avenir meilleur et plus prospère pour tous les Elfes. Par conséquent, la famille royale avait décidé d’organiser les fiançailles officielles du prince Béphélius et de l’Elfe Noir Vanain dans un mois, et ils se marieraient l’année suivante.


Cette annonce provoqua un tollé dans la société mais à la stupeur générale, l’image de l’immense Arbre de la Vie apparut sur la scène durant la conférence de presse, ce qui coïncidait totalement avec le contenu du songe prophétique mentionné par le roi des Elfes. Du coup, les objections se turent provisoirement.

Toutefois, le mariage du futur roi des Elfes avec un Elfe Noir ne pouvait que fortement impacter la société existante dirigée par les Elfes de Lumière. Les aristocrates elfiques s’allièrent pour former une coalition afin d’empêcher ce mariage et tentèrent même d’usurper le pouvoir de la famille royale.

Mais sans même que le roi des Elfes n’agisse, ces opposants eurent bientôt tous des accidents étranges, plus ou moins graves, ce qui empêcha leur résistance de se poursuivre. Au départ, les gens se disaient que ce n’était qu’une coïncidence, sauf que les coïncidences continuèrent de s’accumuler. En fin de compte, ils furent bien obligés de croire le roi des Elfes quand il déclara que ces opposants avaient été punis car ils avaient désobéi aux dieux et à l’Arbre de la Vie.

Au bout du compte, plus personne n’osa s’opposer au mariage et Béphélius et Vanain purent se marier au printemps suivant.


Du début à la fin, Vanain agit comme un homme beau mais gentil et docile, qui dépendait entièrement de Béphélius, et qui avait eu la chance d’épouser le prince qu’il avait toujours admiré en secret. Son statut passa d’esclave à princesse En Chine, dans les romans BL, les titres de noblesse féminins s’appliquent quand même aux hommes dans les couples gays : princesse, reine, impératrice, etc. (2) chanceuse. En public, il obéissait toujours à Béphélius et ne quittait jamais le prince du regard.

Bien des jeunes hommes et jeunes femmes voyaient cet esclave à la chance incroyable et soupiraient, se lamentant de la faveur qu’il avait reçue des dieux, et ils avaient l’impression qu’il était tout à fait comme une Cendrillon en vraie.


Personne ne savait que cet enfant de la chance qui semblait avoir la faveur des dieux avait lui-même le pouvoir des dieux, voire encore plus puissant qu’un dieu, et qu’il pouvait se servir du monde comme d’un moyen de pression, rendant possible l’impossible et éliminer toute opposition. Sous les regards envieux et la bénédiction des gens, il pouvait épouser celui qu’il aimait, le cœur léger.

Personne ne savait non plus à quel point cet Elfe Noir à l’air faible et inoffensif tourmentait son prince.


* * *


Dix ans après le mariage de Béphélius et Vanain, le roi des Elfes annonça qu’il abdiquait. Béphélius devint naturellement le roi des Elfes et Vanain devint la première reine Elfe Noir dans toute l’histoire de la dynastie.

Grâce au statut obtenu par Vanain et la rumeur que les Elfes Noirs se mirent à maîtriser leurs pouvoirs qui se répandit l’année de la disparition des rebelles, la société elfique connut des changements subtils ces dix dernières années. Les Elfes Noirs montèrent un mouvement d’indépendance, se débarrassèrent progressivement de leur statut d’esclave, entamèrent la lutte pour l’égalité des droits et prirent place dans les universités, les domaines politiques, artistiques et connurent le succès.


Quand Béphélius accéda au trône, les gens s’inquiétèrent beaucoup au sujet de sa descendance.

À l’époque où le précédent roi des Elfes était monté sur le trône, il avait déjà un héritier, le frère aîné de Béphélius, qui était mort jeune, ainsi qu’une flopée d’enfants illégitimes et de nombreuses maîtresses, alors les gens n’avaient pas à redouter un manque d’héritier.

Béphélius, cependant, avait déjà épousé sa reine depuis dix ans. De prince à roi des Elfes, il n’avait jamais eu d’héritier. Contrairement aux gens ordinaires, il avait un trône à léguer.

En fait, Béphélius avait longuement essayé de porter l’enfant de Vanain, sans succès.

Vanain finit par avouer à Béphélius que le problème devait venir de lui. Il dit que, bien qu’il savait qu’il était né de l’Arbre du Temps et qu’il vieillissait normalement, il pouvait néanmoins sentir qu’il n’appartenait pas vraiment à ce monde. Il était une existence supérieure à ce monde, alors il lui était impossible de laisser une partie de lui en ce monde. Le futur appartenait aux descendants de ce monde.


Quant à la raison pour laquelle Vanain ne lui avait rien dit plutôt, il avoua franchement et directement à son partenaire qu’il aimait simplement le voir œuvrer si dur pour porter son enfant et endurer toute sorte de demandes insensées alors au départ, il ne voulait pas lui dire la vérité.

Béphélius se moquait bien qu’ils aient tous les deux un enfant, il se disait juste que Vanain était bien trop impliqué dans ses hobbies !


* * *


Béphélius régna pendant deux cents ans et n’eut aucun héritier. Au lieu de ça, il encouragea graduellement la réforme du système politique dans ce monde, réduisit et limita le pouvoir autoritaire du monarque et promut la démocratisation politique et les lois dans la société. Quand vint l’heure de son abdication, le roi des Elfes était devenu un symbole politique et social, sans réel pouvoir. Il choisit un enfant de sang-mêlé entre un Elfe de Lumière et un Elfe Noir du clan et le désigna comme son héritier.

À cause de son immense contribution au progrès social, Béphélius avait toujours été aimé et respecté par le public, même après son abdication. Il se retira dans un manoir dans les montagnes avec Vanain et ils passèrent vingt années supplémentaires en profitant de leur retraite.


Ce ne fut que deux jours après sa mort que le servant qui venait d’habitude au manoir pour nettoyer ou faire les courses découvrit que le prince n’était plus. Sa reine était allongée près de lui, lui tenant la main, souriant, et avait quitté ce monde avec lui.

Le monde entier des Elfes organisa une grande cérémonie de deuil pour le prince Béphélius et sa reine, et ce fut extrêmement triste.

Un détail n’en finit pas de rendre perplexes les générations futures : la nuit de la mort de Béphélius, toutes les horloges de son manoir s’était arrêtées à l’heure de sa mort et ne se remirent plus jamais en marche.


Note de Karura : Ça y est, le premier monde est fini !

Le prochain monde est un univers ABO futuriste (alpha, bêta, oméga). J'avoue que ce n'est pas ma tasse de thé pour deux raisons :

- la soumission de l'oméga qui en fait une larve (respecte-toi, mec !) ;

- le délire du Mpreg (un homme enceinte) qui s'étale sur plusieurs chapitres. Je n'aime pas lire tous les détails d'une grossesse dans une histoire yaoi, bon sang !

Heureusement, dans ce roman, le Mpreg n'est que mentionné (en plus, Shi Jian ne peut pas avoir d'enfant !) et aucun des deux amants n'est du genre à être entièrement soumis.

Du coup, même si vous n'aimez pas trop le ABO comme moi, ça passera bien, vous verrez.


Notes du chapitre :
(1) J'adore la façon de faire de Vanain ! Comme l'a dit l'auteur dans le chapitre précédent, il n'hésite pas à s'adapter pour arriver à ses fins.
(2) En Chine, dans les romans BL, les titres de noblesse féminins s’appliquent quand même aux hommes dans les couples gays : princesse, reine, impératrice, etc.






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