Prisonnier du Temps 39

Chapitre Trente-neuf : La marque


L'immense palais était désert, et Yan Tuo était assis seul dans sa chambre, plongé dans ses réflexions.

S'il avait deviné juste, la personne qui s'en était prise à l'Empereur et celui qui avait découvert qu'il était un oméga n'étaient pas nécessairement la même personne.

Le second prince semblait s'être préparé depuis longtemps à ce qu'il soit un oméga et tant qu'il était un oméga, même si l'Empereur était toujours là, sa position en tant que prince héritier n'aurait certainement pas été maintenue. Ensuite, c'était le second prince le plus susceptible d'hériter du trône. Le second prince n'avait donc pas besoin de s'en prendre à l'Empereur.


Et s'il n'y avait pas eu cet incident, alors le second prince et lui, qui avaient le plus d'influence chez les militaires, seraient des obstacles même avec l'Empereur dans le coma. Par conséquent, les ennemis qui s'en étaient pris à l'Empereur allaient sans aucun doute revenir s'occuper d'eux. Yan Tuo était à terre désormais. Ils allaient donc se préparer à faire tomber le second prince...

Yan Tuo avait occupé la position de prince héritier pendant de nombreuses années et il avait accès à une grande quantité d'informations mais ce n'était pas le moment d'agir. Il devait simplement jeter de l'huile sur le feu et regarder ce que cela donnerait.


Alors qu'il était en pleine réflexion, un étrange vortex circulaire apparut soudain dans sa chambre. Yan Tuo sursauta et fronça les sourcils. Il leva les yeux, pas alarmé du tout, et eut une petite idée sur la question — cela ressemblait à une version miniature du trou de ver...

L'instant d'après, une main fine portant le gant blanc d'un commandant surgit du trou de ver. Le propriétaire de la main le saisit par la taille et l'attira directement dans le trou de ver !

Après avoir exécuté rapidement cette série d'actions, le petit trou de ver dans la chambre du prince se transforma rapidement en tourbillon avant de disparaître.


* * *


Il n'y avait que de l'obscurité devant les yeux de Yan Tuo. Il ne pouvait voir sa situation alors il agrippa instinctivement les épaules de l'homme en face de lui.

L'homme embrassa son lobe d'oreille, le serra doucement contre lui et le retourna. Ses lèvres s'éloignèrent de ses lobes d'oreilles et effleurèrent l'arrière de sa nuque — c'était là que se trouvaient la glande d'un oméga.

« Shi Jian. »

Yan Tuo reprit enfin ses esprits et murmura le nom de son amant, sa voix remplie de grief et d'indulgence.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Le ton était interrogateur mais ce n'était pas du tout l'intention une protestation.


Cependant son monde avait été chamboulé en une seule journée et il était bien trop épuisé. Peu importait ce que Shi Jian comptait faire, c'était agréable de pouvoir dormir ainsi dans les bras de son amant.

« Votre Altesse Impériale, il paraît que vous avez promis d'épouser un alpha ? » murmura Shi Jian à l'arrière de sa nuque.

C'est juste une mesure provisoire. Yan Tuo tenta de parler mais ne put ouvrir la bouche car les doigts de Shi Jian caressaient gentiment ses lèvres.

« Alors je vais vous marquer le premier, d'accord ? continua-t'il doucement. Le plus puissant mâle Zerg peut aussi marquer ses proies et ses compagnons. Il est impossible de retirer la marque d'un Empereur Zerg. Votre Altesse Impériale, je vous ai marqué. Vous ne pouvez appartenir qu'à moi. »


Yan Tuo se débattit pour ouvrir la bouche et répondre mais Shi Jian fut plus rapide : il mit directement deux doigts dans sa bouche, caressant doucement la langue et les lèvres de son amant.

« Détendez-vous, Votre Altesse Impériale, cela ne fera pas mal. Je vais faire ça très doucement. Les autres ne se rendront compte de rien. Je peux déguiser mon odeur comme celle des phéromones alphas... » fit-il d'un ton enjôleur.

Yan Tuo parvint à se libérer avec difficulté, tourna la tête vers lui pour se plaindre mais ne put rien dire au final — il aurait aimé dire : Quand arrêteras-tu de faire des histoires, ce n'est pas le moment de te ridiculiser. Le trône de ton époux risque d'être perdu, comment pourra-t'il te soutenir à l'avenir ? Toi aussi, tu risques d'être impliqué et perdre ton grade militaire, peut-être même que ce sera la fin de ta famille. J'aimerais te dire de prendre conscience de la situation : même si tu me marques, cela n'aidera en rien ; cela va créer au contraire encore plus de problèmes. J'aimerais te demander pourquoi tu ne peux pas simplement être une princesse avec qui je pourrais tranquillement partager mes soucis et mes inquiétudes. Je voudrais te dire que tout ira bien à présent, je te le promets ; je te chérirai, je te laisserai faire de moi ce que tu veux pour satisfaire tes préférences et tes besoins...


Au final, tous ces mots de persuasion ne purent être prononcés. Il ne savait pas si son plan allait fonctionner ou non, ni même s'il pourrait s'en sortir en vie cette fois.

Alors au final, il ne dit rien. Il leva simplement la tête et embrassa doucement les yeux d'un bleu glacé de Shi Jian en murmurant :

« Marque-moi, Shi Jian. »

Rends-moi inséparable de toi, laisse-moi n'appartenir qu'à toi.

Je hais cette tare physiologique et je hais la soi-disante nature d'un oméga mais ce n'est pas grave si c'est toi, que tu sois un alpha, un Zerg ou une autre créature étrange.

Il étira ses lèvres en un sourire et le baiser glissa des yeux de Shi jian pour se poser sur les lèvres de l'autre homme, petit à petit, s'approfondissant de plus en plus.


« Je ne serai peut-être bientôt plus un prince, fit-il entre deux baisers avec son amant dans le noir, mais tu seras toujours ma reine. Peu importe que j'accède au trône plus tard, proclamé Empereur ; que je sois relégué au rang de personne ordinaire, que je sois exilé à la frontière, précaire. Tu le seras toujours. Marque-moi, » répéta-t'il de nouveau.

Shi Jian ne répondit pas mais reprit un peu l'initiative et serra encore plus fort le prince dans son étreinte et dans son corps.


* * *


Le temps semblait avoir oublié de s'écouler dans le noir. Yan Tuo ignorait combien de temps cela faisait et il avait complètement oublié toutes ces choses qui l'avaient vraiment agacé dans la réalité, tout comme la situation dangereuse dans laquelle il se trouvait.

L'atmosphère était remplie de l'odeur familière mais extrêmement agressive de Shi Jian, comme si chaque parcelle de sa peau était envahie par l'autre homme. Il n'entendait que la voix et la respiration de Shi Jian et ne pouvait voir que la silhouette de son amant dans l'obscurité. Il ne put que tendre les mains en vain dans le noir pour saisir la silhouette sombre, cherchant instinctivement le salut chez l'autre personne.

Shi Jian passa les bras autour de sa taille par derrière, parcourant sa nuque de ses lèvres. Yan Tuo émit un gémissement et sa douce et suave odeur particulière se fit encore plus intense.


Shi Jian ouvrit la bouche et lécha son palais — les dents pointues des Zergs surgirent de sa bouche. Il serra son amant contre lui et enfonça les dents dans la nuque de Yan Tuo au moment où ce dernier était le plus détendu.

La douleur subite fit gémir Yan Tuo de manière incontrôlée, sa nuque et ses orteils se raidirent un moment et il pressa fortement la main autour de sa taille. Ses yeux se remplirent de larmes de douleur et de plaisir.

La réponse d'angoisse instinctive de son amant et l'acte de le marquer provoqua chez Shi Jian un sentiment de possessivité passager, mais avec cela vint une satisfaction plus profonde et bien plus durable.

Ce n'est toujours pas assez, j'en veux.. plus.

Dans le noir, ses yeux d'un bleu glacé étaient presque devenus des abîmes sans fin.


Shi Jian soupira, enfonça complètement ses canines acérées dans la nuque de l'autre, immobilisa fermement son amant dans ses bras avant d'insuffler ses phéromones dans le corps doux à travers les dents de Zerg.

La douleur à l'arrière de sa nuque se calma progressivement pour devenir une douleur sourde. Yan Tuo se mordit les lèvres et tint le coup jusqu'à ce que Shi Jian cesse enfin le marquage et retire ses dents de Zerg. Cependant, la sensation de picotement à l'arrière de sa nuque persista et le visage de Yan Tuo se plissa inconsciemment. Il secoua légèrement la tête pour tenter de dissiper cette sensation.

Shi Jian tendit la main pour lui tenir le menton et l'empêcher de bouger. Il embrassa l'endroit qu'il venait de mordre et murmura :

« Tout va bien, Votre Altesse Impériale, tout va bien... »


Sous les doux baisers de Shi Jian, le picotement disparut enfin. Yan Tuo gémit inconsciemment. Shi Jian sourit et mordilla la chair, tout en serrant son corps contre le sien.

Il est à moi. Il est tout à moi, songea-t'il béatement. Plus personne ne peut me le prendre et je ne laisserai personne me l'enlever.

Il était content d'enlacer son amant qui était imprégné de son odeur et il murmura à l'oreille de Yan Tuo :

« Un oméga est faible après le marquage, reposez-vous un peu. Ayez l'esprit tranquille, tout ira bien avec moi. »

L'odeur de Shi Jian envahit son corps avec autorité et Yan Tuo sentit qu'il était faible, un peu fiévreux et que son esprit était embrumé. Il n'avait plus la force de penser à autre chose. Après s'être fait marquer, il était devenu instinctivement plus dépendant de son amant alors il se nicha dans les bras de Shi Jian et, docilement , gagna bientôt le pays des rêves


* * *


À son réveil, Yan Tuo vit de nouveau la mer étincelante d'étoiles au-dessus de lui.

Dans l'immensité de l'univers, se réveiller avec des myriades d'étoiles et s'endormir sous le regard attentif d'étoiles qui existaient depuis des centaines de millions d'années, alors sans se soucier du jour et de la nuit sans se soucier des réincarnations, les étoiles brillaient et la mer d'étoiles était magnifique.

Face à une scène si grandiose, Yan Tuo en resta sidéré un moment et eut le sentiment que les diverses querelles de la capitale impériale n'étaient que des broutilles.


Chacun d'entre eux n'était qu'une infime goutte dans l'Univers. Ils vivaient un court instant dans ce monde. Ils se battaient pour la gloire, le pouvoir, la richesse coûte que coûte, mais ils ignoraient que le temps dont ils disposaient étaient court et passait vite. Quand une étoile disparaissait, elle s'enflammait d'un feu majestueux qui illuminait l'Univers un bref instant, tandis que les petits êtres qu'ils étaient pleuraient en venant au monde et quand ils mouraient, c'était en silence et sans rien laisser derrière eux.

Yan Tuo sentit soudain l'indifférence l'envahir. Perdre le droit d'accéder au trône et perdre la couronne, être relégué au rang de simple citoyen, se faire exiler à la frontière, perdre toute la richesse et la gloire qu'il avait connues durant la première moitié de sa vie... Cela n'avait aucune importance.


Shi Jian et lui n'auraient qu'à bâtir des trous de ver et des nids parmi les étoiles et il pourrait parcourir l'Univers avec son amant, observer la rotation des planètes et les tempêtes cosmiques ensemble. Sa vie était si courte, rien n'avait d'importance tant qu'il pouvait garder dans ses bras la personne qu'il aimait le plus au monde.

Il voulait consacrer le temps qu'il lui restait à partager la beauté et la magnificence de ce monde avec son amant, et il ne voulait pas perdre de temps à haïr, à se venger ou avec le reste du monde.


Shi Jian tourna la tête pour le regarder à ce moment et rencontra les yeux noirs doux et clairs de Yan Tuo.

« Votre Altesse Impériale, je suppose que vous avez déjà pris des mesures contre ces gens ? demanda Shi Jian en déposant un baiser sur ses yeux.

– En effet, répondit Yan Tuo dans un murmure. J'ai déjà fait des arrangements mais maintenant je me dis que cela serait une perte de temps de me venger d'eux.

– Oui, approuva Shi Jian en embrassant de nouveau ses yeux. C'est une perte de temps. Alors laissez mon équipe s'en charger. Ils sont presque arrivés à la capitale impériale. »







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