Prisonnier du Temps 57

Chapitre Cinquante-Sept : Jouer la comédie


Yan Tuo ne comprit pas tout de suite le sens des paroles de Shi Jian, seule la pointe de ses oreilles rougit un peu.

Il fixa Shi Jian avec de grands yeux et balbutia :

« Vous... qu'avez-vous dit... ? Qui est enceint de votre enfant... ? »

À la fin il n'y avait pas que les oreilles qui étaient rouges, les yeux aussi.

« Vous avez subi l'effet conjugué de l'encens de lune et de la pilule apaisante. En toute logique, vous devez porter mon enfant, expliqua Shi Jian d'un ton calme. Si nous voulons éviter d'éveiller les soupçons du démon du vent, votre Altesse, vous devez jouer la comédie. C'est le seul moyen pour que cela fonctionne. Je suis sûr que vous pouvez le faire, votre Altesse. »

Yan Tuo réagit enfin et leva des yeux rouges vers Shi Jian.

« Oui, oui, je veux dire, bien sûr que je peux y arriver, pas de problème. Il s'agit juste de prétendre que je porte votre enfant... »

À la fin, il ne put s'empêcher de rougir.

« En. »


Shi Jian le regarda sans rien dire, ses yeux extrêmement doux. Il tendit la main pour presser gentiment son abdomen.

« Votre Altesse, entraînons-nous maintenant. »

Yan Tuo hésita un peu puis hocha la tête.

Avant qu'il ne puisse réagir, Shi Jian l'avait complètement pris dans ses bras par derrière et il murmura à son oreille :

« Votre Altesse, rappelez-vous de ne pas seulement prétendre être un chaton qui porte mon enfant. Jouez également le chaton qui est fier de porter mon enfant et qui se comporte de façon arrogante et capricieuse. »

Le corps de Yan Tuo s'était déjà complètement ramolli à cause des actions de l'autre homme, alors il ne pouvait que se pencher contre Shi Jian faiblement, les yeux fermés, et hocher la tête machinalement.

* * *

Rien de particulier n'arriva durant le jour et M. Du vint en personne le soir pour inviter Si Zhang et son petit animal spirituel à venir se distraire au vingt-sixième étage.

Cet étage était une zone non accessible au reste des clients. C'était aussi un endroit privé où seuls les invités et les managers expérimentés du club pouvaient entrer.

M. Du conduisit Shi Jian et Yan Tuo dans une salle de réception très confortable. La salle était complètement fermée et le sol était couvert d'un tapis en fourrure de bête spirituelle de feu, très chaude et précieuse. Sur le tapis étaient assis huit ou neuf animaux spirituels très séduisants, chacun avec leurs propres caractéristiques. Au milieu de la salle il y avait un ensemble de canapés gris foncés avec trois personnes assises dessus. Il y avait le démon du vent et le bel homme que Yan Tuo avait vu au Théâtre du Palais de Yuntian, ainsi qu'une troisième personne que Yan Tuo n'avait encore jamais vue. Chacun était entouré de deux ou trois animaux spirituels qu'ils pouvaient taquiner.


Directement en face des canapés se dressait un immense écran qui était aussi large que le mur et un peu moins haut, sur lequel on pouvait voir distinctement la représentation en cours dans le Palais de Yuntian.

De l'autre côté, dans une petite zone de bar, il y avait trois personnes, deux hommes et une femme. C'étaient des nouveaux visages que Yan Tuo n'avait encore jamais vus. Ils étaient également entourés d'animaux spirituels.

En voyant Shi Jian entrer, le démon du vent se leva, regarda Yan Tuo qui se trouvait derrière l'autre homme et eut un sourire aimable.

« M. Si, êtes-vous satisfait de mon cadeau ? »

L'expression de Shi Jian resta froide et indifférente, personne ne pouvait deviner ses véritables pensées. Il leva les yeux sur le démon du vent et fit d'un ton plat :

« Bien que j'apprécie l'encens de lune, je n'ai jamais songé à le laisser porter mon enfant.

– Mais il semble évident, fit le démon du vent avec un sourire au coin des lèvres, que M. Si n'est pas trop mécontent du résultat actuel. »


Sur ce, le démon du vent se leva et laissa Shi Jian s'asseoir sur le canapé de gauche tandis que lui-même passait du canapé du milieu à celui de droite. Shi Jian s'assit calmement à gauche. Le démon du vent avait déjà montré sa courtoisie. Si Si Zhang voulait continuer à coopérer avec lui, il ne devait pas lui faire perdre la face à cet instant.

Un "petit lapin" voulut s'asseoir à côté de Shi Jian mais ce dernier agita la main d'un air glacial et le fit partir. Il tendit ensuite la main vers Yan Tuo et le fit s'asseoir sur ses genoux, ses bras autour de lui.

Le démon du vent les regarda et se tapota le menton avec un petit sourire.

« … Je ne m'attendais pas à ce que M. Si gâte autant son petit. Il semble que j'ai bien agi.

– Merci pour votre cadeau généreux, répliqua Shi Jian avec une pointe de sarcasme mais aussi de l'impuissance. Il est encore plus douillet et capricieux maintenant. »


Comme en écho à ses propos, Yan Tuo remua dans ses bras, cherchant une position confortable. Shi Jian le tapota gentiment, sa main gauche autour de sa taille et la droite touchant délicatement son estomac.

« Tu ferais mieux d'être honnête avec moi désormais. Chaton, es-tu particulièrement heureux de pouvoir donner naissance à un enfant pour ton maître? » demanda-t'il d'une voix froide en se tournant vers Yan Tuo, mais ses actions étaient douces.

Yan Tuo se figea un moment puis hocha la tête avec les yeux rouges.

« Dis-le à voix haute, le pressa Shi Jian, les yeux sombres.

– Ce chaton est très heureux... »

Yan Tuo enfouit son visage dans les bras de l'autre homme et articula avec honte :

« Ce chaton souhaite donner naissance à un enfant pour le maître. »

Shi Jian eut un sourire satisfait, joua avec sa queue et cessa de l'interroger.

Le démon du vent et les gens autour les regardèrent avec grand intérêt.


À ce moment, l'immense écran translucide en face des canapés s'alluma et la représentation au Théâtre du Palais de Yuntian débuta. La scène était distinctement visible pour tous.

Yan Tuo n'avait jamais pu accepter les pratiques de ce club et il trouvait inadmissible la manière dont ils traitaient les animaux spirituels — peu importait que ces animaux spirituels soient là de leur plein gré ou non. Il devait admettre que l'une des raisons pour lesquelles il pouvait supporter son déguisement d'animal spirituel était que la personne qui jouait le rôle de son maître était Shi Jian. Il pouvait beaucoup mieux tolérer le directeur Shi qu'une autre personne. Il y avait certaines paroles qu'il ne pouvait pas dire aux autres, certains comportements qu'il ne pouvait pas avoir avec eux, mais c'était acceptable avec Shi Jian.

De plus Shi Jian était prudent en réalité. Durant leur entraînement et leur infiltration, Shi Jian n'avait jamais eu le moindre geste qui dépassait le seuil de tolérance de Yan Tuo. Le prince s'inquiéta d'arborer une expression de juste indignation sur le visage en voyant ce spectacle alors il enfouit son visage dans les bras de Shi Jian comme s'il était timide et apeuré ; en réalité c'était pour que personne ne voit son expression.


À ce moment la porte s'ouvrit et trois serveurs vêtus de noir entrèrent en poussant des plateaux à roulettes, tous recouverts de plats exquis de fruits ou de dessert alléchants. Le plus délicats des plateaux de nourriture fut soigneusement placé sur la table en face des canapés, les deux autres furent posés par terre, sur des nappes.

Le bel homme à côté du démon du vent tapa dans ses mains et fit à voix haute :

« Bon, vous pouvez manger. »

Les animaux spirituels sur le tapis rampèrent à quatre pattes vers les nappes afin de prendre leur nourriture.

M. Du, assis à côté de Shi Jian, lança un regard à Yan Tuo dans les bras de l'autre homme, prit une assiette de fruits spirituels et les tendit à Shi Jian.

« Laissez votre petit en manger aussi, hein ?

– Non, refusa Shi Jian. Il ne veut rien manger de froid ces temps-ci. »

Il caressa le ventre de Yan Tuo d'un geste significatif.

M. Du et le bel homme échangèrent un regard et sut ce que chacun pensait. Bien que Si Zhang ait été piégé par eux, son amour pour le petit animal qui était enceint n'était pas feint, contre toute attente.


Shi Jian refusa l'offre de M. Du puis baissa la tête et souffla à l'oreille de Yan Tuo :

« Tu veux manger ? »

Yan Tuo leva les yeux vers lui à ces mots. Il ne comprenait pas pourquoi Shi Jian lui demandait ça. Pendant un moment il ne sut que répondre alors il se contenta d'ouvrir de grands yeux et de le regarder stupidement.

« Rah, marmonna Shi Jian en levant la tête avec dérision, c'est vraiment un problème. »

Puis il se tourna vers le serveur qui attendait à côté pour prendre des plats.

« Apportez-moi un bol de ragoût ou une crème aux œufs. J'ai un petit animal avec une condition particulière qui doit être nourri. »

Rapidement un bol de ragoût et un bol de crème aux œufs furent apportés sur la table en face de Shi Jian.

Shi Jian les regarda, prit d'abord une cuillerée de crème, la goûta puis la porta aux lèvres de Yan Tuo pour le nourrir lentement.


Beaucoup d'animaux spirituels contemplèrent cette scène avec envie.

Il était rare que des animaux spirituels se fassent chouchouter par leur maître, même s'ils étaient enceints. Bien qu'il existait de nombreux médicaments d'immortels qui permettaient aux animaux spirituels de concevoir, premièrement la plupart des maîtres ne voulaient pas avoir d'enfant avec leur animal spirituel. Deuxièmement la plupart des animaux spirituels fécondés servaient seulement à satisfaire le désir de leurs maîtres de s'amuser avec eux plutôt que dans le but d'avoir vraiment des enfants. Ces animaux spirituels servaient donc d'amusement et étaient tués avant de donner naissance.


Dans la matinée Yan Tuo avait expressément consulté des informations afin de mieux jouer le rôle d'un "chaton enceint avec le bébé de son maître." Après sa lecture il s'était senti fâché et bouleversé.

Il se dit que lorsqu'il aurait fini cette mission, si le directeur Shi était d'accord pour qu'il prenne ses responsabilités, bien évidemment qu'il épouserait le directeur Shi de manière responsable. À ce moment si le directeur Shi, qui serait désormais Mme Yan, avait comme intérêt de lui demander de dire des choses du genre "je suis le petit chat de son époux" et "c'est le maître que j'aime le plus au monde", même s'il devait porter ces oreilles bizarres et cette queue, il le ferait et le ferait encore afin de faire plaisir à sa femme. Après tout Mme Yan avait plusieurs années de plus que lui alors il devait lui passer ses caprices.

Mais il lui était absolument impossible de renoncer à son indépendance et sa dignité comme il était écrit dans ces documents et de dépendre entièrement d'un autre.


Quand le spectacle se termina, le démon du vent fit signe aux autres de partir, seul le bel homme et une autre personne restèrent. Même M. Du s'en alla. Le démon du vent et Shi Jian continuèrent à négocier les détails de leur accord et plus ils parlaient, plus ils devenaient satisfaits.

Voyant qu'il était presque l'heure, Shi Jian pinça le cou de Yan Tuo. Ce dernier comprit aussitôt le message et se mit à se frotter sans arrêt contre le corps de Shi Jian. Il gémit et déclara qu'il n'était pas confortable et qu'il avait sommeil. Il demanda à son maître de tenir son bébé pour qu'il dorme, et même ses yeux devinrent rouges comme s'il était traité injustement.

Le directeur Shi ignorait que le prince avait un tel talent d'acteur. Il ne savait pas s'il jouait vraiment la comédie, une griffure d'une patte de chat se fit sentir au niveau de son cœur. C'était à la fois douloureux et cela le chatouillait. Il ne put s'empêcher de le taper légèrement et de le réprimander :

« Si tu crois que je ne vais pas te corriger comme tu le mérites, attends un peu qu'on soit rentré et tu verras comme ton maître va s'occuper de toi ! »

Sur ce, il lui mordit l'oreille.

Yan Tuo le contempla de ses yeux larmoyants et fit d'un ton enjôleur :

« Le maître peut me punir. D'abord il met le chaton au lit puis il attend que le chaton se réveille. Ensuite le maître pourra me punir comme il veut. »







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