Prisonnier du Temps 82

Chapitre Quatre-vingt-deux : Possessif


Sept ans plus tard.


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Dans la luxueuse et splendide salle de réception, des hommes et femmes de bonnes familles vêtus de costumes exquis à la mode et de magnifiques robes du soir défilaient dans la salle. Ce qu'il y avait d'encore plus particulier, c'était que beaucoup de gens présents portaient des uniformes militaires. Ces officiers étaient des hommes comme des femmes. Chacun avait plus ou moins de médailles de bravoure qui ornaient leurs uniformes.

On célébrait la victoire de la Fédération contre des créatures extra-terrestres. Grâce à cette victoire, le prestige de la Fédération avait grandement augmenté dans cette ère intersidérale. Il était clair pour tous que la Fédération finirait par supplanter l'Empire sous peu.


Les invités à cette célébration étaient tous des membres importants de l'Empire. Il s'agissait de célèbres hommes d'affaire, de politiciens de tous horizons, voire même le chef d'un parti et sa famille. En plus de ça il y avait des représentants de l'armée, en particulier les officiers qui avaient contribué à remporter cette guerre.

La personne présente dont on parlait le plus était le commandant de cette guerre, le major général Shi Jian Tiens, ça rappelle le second arc ! (1). Cela ne faisait que six ans qu'il était entré dans l'armée après ses études à la Première Académie Militaire Fédérale mais il avait déjà accompli de nombreux exploits impressionnants et avait dirigé plusieurs batailles capitales en remportant la victoire. Voilà pourquoi il avait été promu au rang de major général.


Grâce aux progrès de la science et de la technologie, l'espérance de vie des gens de l'Univers était désormais de deux cents ans en moyenne alors les gens consacraient en général plus de temps pour leurs études et entraient plus tard dans la société. La plupart des gens décidaient de se marier autour de trente-cinq ans.

Shi Jian avait eu vingt-huit ans cette année mais jouissait déjà d'une réputation glorieuse et d'une apparence impeccable. Il était le mari idéal pour de nombreuses filles dans la Fédération et l'Empire. À la base, le premier rêve des filles avait été bien évidemment d'épouser le prince de l'Empire cependant ce dernier avait passé les dix dernières années à contribuer au développement de la lointaine galaxie de Tianhe. Il n'y avait que peu de nouvelles de lui comme s'il n'existait presque plus, alors bien entendu les gens préféraient placer leurs illusions sur ce jeune major général aux origines humbles mais avec des capacités hors du commun.


De nombreuses dames et célébrités présentes avaient cette idée en tête. Cependant Shi Jian menait une vie simple et passait la majeure partie de son temps à combattre au front. Même s'il revenait occasionnellement sur l'étoile capitale pour se reposer, il déclinait toute visite et n'acceptait aucune invitation. Du coup toutes ces femmes espéraient bien faire connaissance avec lui lors de ce dîner de célébration. À leurs yeux, même si elles ne parvenaient pas à épouser Shi Jian, ce serait toujours intéressant d'avoir une aventure romantique avec ce jeune et beau major général.

Parmi elles, il y avait même quelques hommes qui s'intéressaient à Shi Jian. Après tout la rumeur avait couru deux ans plus tôt que Shi Jian était en fait plus attiré par les hommes. Mais comme Shi Jian n'avait jamais eu la moindre aventure que ce soit avec un homme ou une femme, cette rumeur n'avait pas pu être confirmée. Bien entendu, y croyait celui qui voulait bien y croire et n'y croyait pas celui qui ne voulait pas y croire.


En fait, seul Shi Rui savait de quoi il en retournait avec cette rumeur. Après tout elle provenait de lui.

Deux ans plus tôt, il s'était fait larguer alors il avait noyé son chagrin dans l'alcool à la garnison. En tant que son supérieur immédiat, Shi Jian s'inquiéta pour lui et alla lui rendre visite avec son chat dans les bras.

À cette période, Shi Rui était en plein chagrin d'amour alors il était extrêmement fragile et sensible. Il était comme un jeune homme passionné qui avait perdu toute illusion sur la nature humaine. En voyant Shi Jian si calme, il ne put s'empêcher d'être impressionné par cet homme qui restait de marbre face à toute tentative de séduction directe ou indirecte et il s'écria :

« Frère Shi, comment tu peux rester si indifférent ? Quel est ton genre de personne ? »

Shi Jian fronça les sourcils et fit calmement :

« Pas toi, en tout cas. »


Shi Rui se désola intérieurement mais le chaton dans les bras de son supérieur renchérit avec un miaou. Du coup il ne pouvait plus rien dire. Il changea son approche et demanda :

« Non frère Shi, je te demande... Tu vois, la plupart des gens ont leur idée sur la question, hein ? Ce ne serait pas possible de n'avoir aucune idée, hein ? Par exemple, faisons simple : tu préfères les hommes ou les femmes ?

– Les hommes, » répondit calmement Shi Jian sans hésiter.

En fait il se disait que puisque son bébé était un mâle, cela comptait comme s'il aimait les hommes, pas vrai ?


C'était la première fois que Shi Rui entendait Shi Jian lui parler de ce genre de choses et avant qu'il ne puisse se remettre de ce choc, l'autre homme avait poursuivi :

« J'ai une bonne idée à ce sujet et je sais ce que j'aime. J'aime le genre doux et docile, très collant, avec une douce fourrure et des yeux noirs, ronds et brillants. J'aime le genre très difficile et délicat, qui ne peut pas s'enfuir ou qui me tape avec ses petites pattes. Le genre qui m'appelle en miaulant et qui fait du grabuge. »

Shi Rui se dit alors que celui qui remplissait tous les critères de Shi Jian, n'était-ce pas son chat ? La seule créature que Shi Jian envisageait d'aimer, c'était un chat et pas n'importe quel chat : son chat. Il ne songeait même pas à aimer une personne... Quand on le lui mentionnait, c'était comme parler à un sourd.

En tout cas, il avait souvent eu l'impression que Shi Jian en faisait trop pour son chaton : parfois il le traitait comme son fils, parfois comme sa femme. Que ce soit pour manger, dormir ou jouer avec lui tous les jours. en vérité la plupart des gens ne traitaient pas aussi bien leur fils ou leur épouse.


Il ne put que soupirer tristement que son frère n'avait pas du tout les sept émotions et les six désirs Un concept bouddhiste. Les sept émotions sont : joie, colère, tristesse, souci, chagrin, peur et effroi. Les six désirs sont : désir sexuel, orgueil, fierté, des sons plaisants, une bonne vie/mort, le plaisir sensuel. (2) mais qu'il avait donné tout son cœur à son chat.

Cette histoire fut même révélée. Deux jours plus tard, Shi Rui était de nouveau ivre. Comme tout le monde savait qu'il était un ami proche de Shi Jian, quelqu'un en profita pour l'interroger sur la vie sentimentale de Shi Jian. Shi Rui était bien bourré et tout le monde connaissait le chat de Shi Jian alors il n'eut pas l'impression de trahir une confidence. Du coup il raconta tout ce dont il se souvenait de leur conversation mais ne précisa pas que cela concernait le chat de Shi Jian.

Lui, dès qu'il avait entendu la description, il avait bien compris que Shi Jian parlait de son chat sauf que les autres ne risquaient pas de comprendre. Par la suite quand la rumeur se répandit, elle se transforma en "Shi Jian aime les hommes". Il était normal d'en rajouter toujours un peu et de prendre des libertés artistiques en relatant une histoire. Plus tard il y eut des versions de toutes sortes.

Cependant comme Shi Jian ne s'intéressait qu'à son chat, il se moquait bien évidemment de ce genre de choses et laissa les gens dire ce qu'ils voulaient.


Mis à part ça, l'amour de Shi Jian pour son chat était bien connu. Les animaux n'étaient pas autorisés dans l'Armée Fédérale et encore moins au front. Shi Jian venait cependant à peine d'arriver qu'il enfreignit ces deux règles en déclarant : "jamais sans mon chat". Plus tard il gagna en influence dans l'armée et les gens le taquinaient souvent avec cette histoire. Il était pourtant évident qu'il emmenait son chat partout où il allait sans jamais le quitter, sauf si son chat ne voulait pas venir.

Qui plus est, non seulement son chat le suivait partout mais personne ne devait le toucher. Plus précisément personne ne pouvait le toucher : si quelqu'un voulait caresser le chat du major général Shi Jian, il se faisait aussitôt projeter à un mètre en arrière par le champ de protection de niveau SSS. Il fallait savoir que la plupart des gens en général n'avaient pas besoin d'une protection si avancée.

Les gens ne purent que se lamenter comme les "fonctionnaires de septième rang devant le portier du premier ministre C'est un dicton qui dit que le portier de la demeure du premier ministre avait le même statut qu'un fonctionnaire de septième rang à la cour impériale. Si on veut voir le premier ministre, il fallait que le portier vous laisse entrer donc vous deviez lui offrir un pot-de-vin pour avoir ses faveurs. Du coup le portier avait un certain pouvoir et on le comparait ainsi à un fonctionnaire de septième rang. (3)" : le chat du major général Shi Jian était mieux traité que les gens ordinaires.


* * *

La nuit tomba et ce fut bientôt l'heure de commencer officiellement le banquet.

Les gens présents ne pouvaient s'empêcher de jeter fréquemment des regards rapides en direction de l'entrée. En tant qu'invité principal du banquet, le major général Shi Jian n'était pas encore arrivé.

À ce moment trois véhicules volants portant le blason de l'armée stationnèrent tranquillement en dehors de la salle des fêtes. La porte s'ouvrit et Shi Jian et ses intendants sortirent de la voiture pour se diriger vers la salle.

Shi Jian portait aujourd'hui un uniforme militaire noir avec une casquette noire et des bottes. Il n'y avait pas trop de médailles sur son uniforme mais son être tout entier était comme une longue épée noire sortie de son fourreau : froide et solennelle, effrayant les gens qui n'osaient pas s'approcher aisément.

La seule chose qui contredisait cette impression était le chaton blanc niché sur son bras gauche.

Le petit être avait l'air confus comme s'il venait tout juste de se réveiller. Il s'agita pour s'amuser dans les bras de l'homme comme s'il n'avait pas du tout peur de lui — et il n'avait pas à avoir peur de lui. Tout le monde savait que le major général Shi Jian traitait son chat comme un petit empereur, qu'il était prêt à lui donner sa vie et que son chat n'avait qu'à demander pour qu'il lui accorde le moindre de ses désirs.

Le chaton portait un pull rose clair aujourd'hui. Il avait l'air un peu mal à l'aise. Il ne cessait de miauler et de taper le torse de l'homme avec ses pattes. Il était sans doute le seul dans l'Univers à oser le frapper et à pouvoir le faire.

Et l'homme continuait à marcher la tête baissée et parlant à son chaton à voix basse, comme pour le cajoler.


Dès que Shi Rui vit le petit pull rose du chaton qui recouvrait à moitié ses fesses, il sut que la maladie de son frère avait empiré.

Tout le monde savait que Shi Jian adorait son chat mais seuls quelques proches de Shi Jian savaient qu'il éprouvait une forte possessivité envers lui. Sa condition n'était pas aussi grave que ça avant mais c'était devenu de pire en pire et aussi de plus en plus visible. L'une des manifestations était que quand il emmenait son chaton dehors, il devait l'habiller.

C'était un fait bien connu que les chatons et les chiots n'avaient pas vraiment besoin de porter des vêtements. Certains maîtres leur achetaient des vêtements et des accessoires parce qu'ils aimaient les habiller.

Cependant Shi Jian avait une toute autre raison de vouloir habiller son chat. Shi Rui l'avait entendu une fois marmonner  :

« Je refuse de montrer aux autres le ventre doux et tendre de mon bébé. »

Et ce pendant qu'il amadouait son chaton pour qu'il porte une jupe blanche. Il semblait se moquer du fait qu'il avait un petit prince chat.


Shi Rui avait été choqué d'entendre ça et il avait voulu répliquer :

« Bien sûr que le ventre de ton bébé est effectivement blanc et doux, mais c'est juste des poils blancs ! Pourquoi les autres ne peuvent pas voir ça ?! »

Mais il avait pris sur lui et était parti sans rien dire. Alors quand il vit ce soir-là les nouveaux vêtements du chaton, il put sans problème imaginer les pensées de l'autre homme :

« Le petit derrière de mon chaton est si mignon, rond et charnu que je ne peux pas le montrer aux autres. Sa petite queue est si mignonne aussi, personne d'autre ne doit la voir. Hélas, mon bébé n'est pas content à l'idée d'avoir sa queue coincée dans les vêtements. Ce n'est pas grave, on va faire un trou pour que le bébé puisse y passer sa queue. »


Dès que Yan Tuo fut porté dans la salle des fêtes, il attira tous les regards. Après tout il était très connu pour un chat.

Yan Tuo se recroquevilla dans les bras de l'homme et bailla doucement. Il n'aimait pas les banquets. Il en avait eu sa dose dans sa vie précédente mais avait dû quand même y assister à cause de son statut.

Il était désormais un chat alors bien sûr qu'il ne serait pas venu au banquet s'il avait pu l'éviter. Cependant à chaque fois qu'il voyait dans les yeux de Shi Jian que ce dernier voulait y aller avec lui, il ne pouvait que s'adoucir, miauler et céder.


Notes du chapitre :
(1) Tiens, ça rappelle le second arc !
(2) Un concept bouddhiste. Les sept émotions sont : joie, colère, tristesse, souci, chagrin, peur et effroi. Les six désirs sont : désir sexuel, orgueil, fierté, des sons plaisants, une bonne vie/mort, le plaisir sensuel.
(3) C'est un dicton qui dit que le portier de la demeure du premier ministre avait le même statut qu'un fonctionnaire de septième rang à la cour impériale. Si on veut voir le premier ministre, il fallait que le portier vous laisse entrer donc vous deviez lui offrir un pot-de-vin pour avoir ses faveurs. Du coup le portier avait un certain pouvoir et on le comparait ainsi à un fonctionnaire de septième rang.






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