Prisonnier du Temps 84

Chapitre Quatre-vingt-quatre : Le cadeau


À l'arrivée de Yan Tuo, le reste des gens dans la voiture volante le regardèrent tous mais manifestèrent du dédain et du mépris en voyant l'état de ses vêtements.

Yan Tuo baissa alors la tête pour s'examiner. Il n'avait pas bien pu voir dans l'entrepôt alors il se rendit seulement maintenant compte qu'il portait toujours les mêmes vêtements qu'au banquet de son oncle. Bien que ces habits soient très raffinés et élégants en eux-mêmes, ils portaient à présent les marques de son passage dans l'entrepôt et étaient si poussiéreux et froissés qu'on reconnaissait à peine leur apparence d'origine.

Dans l'éducation de Yan Tuo, l'apparence des habits était une part importante de l'étiquette. De toute sa vie il n'avait jamais été aussi gêné qu'en ce moment et il ne put que baisser la tête de honte.

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Il entendit deux des jeunes gens discuter à voix basse :

« Ce type tout sale là ressemble au prince.

– Un peu de profil, oui, mais comment le prince pourrait être dans un tel état ? C'est encore plus impossible pour lui de se trouver ici. »

Le premier à avoir parlé se rendit également compte qu'il avait dit une bêtise alors il se tut.

Yan Tuo baissa encore plus la tête de peur de se faire reconnaître.

Son communicateur avait disparu mais la boucle d'oreille en diamant noir sur son oreille gauche était toujours là. Yan Tuo ne portait qu'une seule boucle d'oreille à l'oreille gauche non pas pour mettre en valeur sa personnalité mais parce qu'en fait, cette boucle d'oreille était une combinaison de transmetteur miniature et d'espace de stockage qui contenait une douzaine de médicaments en version réduite. Il n'avait pas besoin d'avaler les médicaments, la boucle d'oreille pouvait les injecter directement dans son corps sous la bonne commande.


Yan Tuo pressa plusieurs fois sa boucle d'oreille : la première fois fut pour envoyer à ses hommes sa position en temps réel, puis il commanda à sa boucle de lui injecter un médicament qui pouvait modifier les traits de son visage en un rien de temps — le médicament agirait vite et la voiture volante peu éclairée fournissait une excellente couverture. Du coup, même si Yan Tuo se faisait nettoyer et qu'on regardait sa photo, les autres trouveraient seulement qu'il ressemblait au prince mais pas qu'il était le prince Yan Tuo.

Yan Tuo refusait de révéler son identité tant qu'il ne serait pas certain d'être en sécurité car cela pourrait le conduire à une situation encore plus dangereuse.

Le véhicule volant se dirigeait vers la Fédération. Bien que Yan Tuo ne pouvait pas deviner l'identité de cette Excellence, il pouvait en déduire que cette personne devait être un membre éminent de la Fédération. Son oncle s'était vraiment allié à la Fédération. Il espérait que son père avait vu clair dans leur conspiration et n'était pas tombé dans leur piège.


* * *

Ils se trouvaient dans le plus avancé des véhicules volants alors en quelques heures ils atteignirent l'étoile capitale de la Fédération puis s'arrêtèrent en face d'un immense manoir en banlieue de la capitale fédérale. L'homme chauve et un autre homme en uniforme d'intendant les conduisit vers la demeure.

D'après ce que Yan Tuo avait pu en voir, les jeunes hommes avec lui avaient de toute évidence une bonne origine et une attitude calme et naturelle. Ils n'avaient pas l'air contraints de venir et de se faire offrir au maître des lieux, au contraire ils donnaient l'impression d'être là de leur plein gré. Cela rendit Yan Tuo encore plus curieux sur l'identité de cette personne. Après tout, les droits humains étaient essentiels dans cette ère intersidérale alors il était rare de voir des gens volontairement envoyés comme cadeau.


Cependant ils eurent la surprise de se faire arrêter devant la demeure. Il semblait ne pas y avoir eu de communication claire entre celui qui envoyait le cadeau et le destinataire.

Après que l'homme en uniforme d'intendant ait décliné son identité et son but, un homme qui semblait être le majordome de la demeure sortit et lui fit poliment :

« Le maître ne reçoit jamais de cadeau de l'extérieur et encore moins des gens. Notre maître n'autorise pas des étrangers à rentrer aisément dans sa demeure. Veuillez repartir.

– Mais c'est un cadeau préparé spécialement par son Altesse le prince Ming, » argua l'intendant avec anxiété.

Le majordome sourit et secoua la tête. Il leur fit signe de repartir puis tourna les talons et retourna dans la demeure. Apparemment ce n'était pas la première fois qu'il assistait à une telle scène et il ne prenait pas au sérieux ces soi-disant officiers haut-gradés. Il savait que le maître qu'il servait était véritablement le seul qu'on ne pouvait pas se permettre d'offenser.


L'intendant ne pouvait pas renoncer. S'il n'accomplissait pas bien cette tâche, le prince Ming l'en tiendrait personnellement pour responsable.

Il prépara de l'argent et le tendit rapidement au concierge aux portes du manoir. Le concierge ne semblait pas aussi à cheval sur les principes que le majordome alors il accepta l'argent sans un mot et le mit dans sa poche. Bien entendu il n'aurait pas osé faire entrer des gens et même s'il y parvenait, cela ne servirait à rien : le majordome les expulserait immédiatement. Cela ne faisait que deux mois qu'il travaillait ici et même s'il n'avait jamais aperçu son Excellence, il savait parfaitement à quel genre de personnes il avait affaire.

Afin de mériter l'épaisse liasse de billets dans sa poche, le concierge proposa à l'intendant une cigarette de haute qualité spécialement fournie au manoir du prince impérial puis il fit mine de donner de sérieux conseils :

« Vous ne pourrez définitivement pas passer par ici. Le seigneur ne laisse aucun étranger entrer alors cela ne servira à rien même si vous pouvez y pénétrer. Vous risquez même de ne pas pouvoir le voir.


« Mais il y a une autre occasion : ce soir le gouvernement fédéral organise un banquet au palais Feida et son Excellence va y assister. Pour être honnête, c'est plus facile d'entrer là-haut et vous aurez plus de chance de voir son Excellence. Bien entendu, après cela ne dépendra que de vous d'atteindre votre but ou pas, » fit le concierge d'un ton profond en produisant un rond de fumée.

En fait cela ne faisait que six mois qu'il était arrivé à la capitale fédérale et c'était grâce à sa famille qu'il avait obtenu ce travail de concierge. Sa compréhension et sa connaissance du propriétaire de ce manoir provenait seulement de différentes rumeurs et nouvelles.

Mais il avait indubitablement donné une information utile à l'intendant.


* * *

L'oncle de Yan Tuo s'était clairement préparé à livrer ce cadeau. Après que l'intendant ait confirmé la véracité de l'information du concierge, il les emmena rapidement dans un hôtel de luxe près du palais Feida et fit venir des professionnels pour les habiller et les coiffer. Il obtint aussi le plus vite possible six invitations pour le banquet de ce soir grâce à ses relations dans la Fédération.

L'intendant devait bien évidemment s'y rendre. L'homme chauve et les autres resteraient au cas où. Il y avait huit jeunes hommes dans le véhicule volant en comptant Yan Tuo, ce qui voulait dire que trois personnes devaient rester à l'hôtel.

Les autres tâchèrent aussitôt de se mettre en valeur, seul Yan Tuo garda la tête baissée. Du coup ce fut sans surprise que Yan Tuo fut renvoyé dans sa chambre avec les deux autres "pauvres diables". Les cinq autres jeunes hommes furent rassemblés dans une chambre par l'intendant qui leur expliqua les précautions à prendre avant de se rendre tous ensemble au palais Feida dans la voiture volante.


Après le départ de ces "joueurs titulaires," les hommes ne se soucièrent pas des trois restants et se retirèrent dans leur chambre pour se reposer. Les deux autres devinrent hystériques, tête baissée, puis partirent dans la rue pour acheter de l'alcool et noyer leur chagrin.

Il ne resta que Yan Tuo qui était confus. Il n'était toujours pas parvenu à savoir quelle personnalité de la Fédération était cette mystérieuse Excellence. Il avait d'abord voulu profiter de l'occasion pour interroger les deux autres jeunes hommes mais ceux-ci avaient disparu sans laisser de trace avant qu'il n'ait trouvé le bon moment pour leur parler.

Alors après leur départ il se retira aussi dans sa chambre — c'était pile poil le bon moment car il put enfin contacter ses hommes.

D'après eux, la nouvelle avait été annoncée dans la capitale impériale comme quoi il avait fait un malaise après le banquet du prince Ming et qu'il avait décidé de séjourner temporairement sur l'étoile d'Ailan afin de récupérer. En attendant il avait confié à son oncle la gestion des affaires du gouvernement.


En analysant ces renseignements, Yan Tuo en déduisit que son oncle avait à la base prévu de le tuer directement puis de faire un double mensonge en prétendant qu'il était mort dans un accident en se rendant sur l'étoile d'Ailan. Il était le fils unique de l'empereur et son oncle était l'unique frère de son père. Si Yan Tuo venait à mourir alors son oncle s'emparerait ensuite du droit d'hériter puis attendrait l'occasion de s'en prendre à son père.

Mais Yan Tuo s'en était sorti par pur hasard cette fois et puisqu'il était vivant et n'avait pas laissé de cadavre, son oncle n'osait évidemment pas agir trop impulsivement. Voilà pourquoi il avait tout de même déclaré que Yan Tuo était en route pour l'étoile d'Ailan afin de récupérer.


Yan Tuo put comprendre en gros ce qui se passait à la capitale impériale et il put déployer ses propres troupes — avant d'avoir l'occasion de renverser totalement la situation et de reprendre le pouvoir, il n'était pas question d'aller trop vite ou de se montrer pour le moment. Il pouvait clairement voir son ennemi dans la lumière tandis que lui restait caché dans l'obscurité Une expression pour dire qu'il peut espionner facilement les faits et gestes de son ennemi. Au contraire son ennemi ne peut pas le surveiller et savoir ce qu'il prépare. (1). Ce serait peut-être une bonne idée de rester dans la Fédération et de diriger les opérations à distance pendant un certain temps. Après tout son oncle l'avait sans le savoir emmené à la Fédération dans le véhicule volant de la demeure du prince. Le temps qu'ils se rendent compte de quelque chose, il serait déjà bien caché dans la Fédération. La Fédération n'était pas l'Empire alors ce ne serait pas facile pour son oncle d'y retrouver quelqu'un.

Yan Tuo fit les arrangements nécessaires pour la capitale impériale puis décida de se reposer un peu. Nonobstant le reste, l'hôtel choisi par l'intendant du prince Ming était de très haute gamme. En tout cas le lit était des plus confortables et répondait totalement aux critères du prince.


Qui aurait pu dire qu'il eut à peine le temps de s'allonger qu'on toqua violemment et frénétiquement à sa porte, le genre qu'on ne pouvait ignorer ?

Yan Tuo dut se lever du lit avec agacement et il ouvrit la porte.

L'homme chauve tendit directement la main pour le saisir par le bras et le tirer dans le couloir. Tout en le traînant vers l'ascenseur, il parla à l'autre personne dans le communicateur :

« … les deux autres sont partis, il ne reste que le type qui baissait tout le temps la tête. »

La voix très anxieuse de l'intendant fut audible même à travers le communicateur :

« Peu importe qu'il baisse la tête. Qui aurait cru que la nouvelle tomberait si vite que je n'ai même pas le temps de revenir en vitesse avant son Excellence... »


L'intendant ne put que s'empêcher de se plaindre puis il ajouta rapidement pour le chauve :

« La suite Nuage au vingt-septième étage. Lin vous attend à la porte. Emmène-y ce gamin. Lin sait quoi faire. Dépêche-toi, son Excellence sera bientôt là et il faut être sûr de faire entrer ce gamin avant.

– C'est notre seule chance. Nous devons absolument la saisir. J'espère que le gamin sera à la hauteur. »

Après réflexion, le responsable de cette affaire ne se sentit pas du tout soulagé et ajouta :

« Fais-lui bien comprendre que même s'il offense son Excellence, il n'a absolument pas intérêt à lui dire qu'il a été envoyé par le prince Ming, sinon son Altesse le lui fera payer. Son Altesse veut plaire à son Excellence, pas s'attirer ses foudres. »


Notes du chapitre :
(1) Une expression pour dire qu'il peut espionner facilement les faits et gestes de son ennemi. Au contraire son ennemi ne peut pas le surveiller et savoir ce qu'il prépare.






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